‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 258 sur 310 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

taine, « dont les exploits, dit l'historien Mëzeray, surpassent la croyance et presque la vertu humaine! »

Bientôt cependant le récit de cet audacieux coup de main se répandit partout, et Piles, traqué comme une bête fauve, dut s'éloigner pendant quelques jours.

Il laissait à sa place, il est vrai, son lieutenant La Rivière ou plus exactement son alter ego, jeune comme lui, à peine sorti comme lui des bancs de l'école de droit, inconnu la veille, mais dont le nom, colporté le lendemain par les mille voix de la renommée, allait devenir célèbre.

Monluc, dans sa Correspondance, dit qu'il était « fils d'un notaire de Bergerac » ('); c'est fils d'un avocat qu'il aurait dû dire. Son père, Me Hélie de La Rivière, était seigneur de La Forge et de La Faurélie, dans la chàtellenie de Montpont. Il avait depuis plusieurs années abandonné le barreau pour se consacrer entièrement aux intérêts municipaux de Bergerac, sa ville natale. Il fut premier consul en 1563, et nous le verrons, dans le tome second de cet ouvrage, signer avec ses collègues du conseil de ville, tous ses coreligionnaires, une requête aux commissaires royaux (2).

Le fils, dont nous ignorons le prénom, suivit les cours de droit de la Faculté de Toulouse (3), illustrée par le célèbre Gujas; il venait à peine d'être reçu avocat quand eut lieu la première prise d'armes des calvinistes. Comme son chef, le capitaine Piles, il s'enrôla sous les ordres de Gramont, qu'il suivit à Orléans.

Il est probable que Piles et lui revinrent ensemble et coururent les mêmes dangers.

On voit que le jeune baron Armand de Clermont, forcé de se cacher pendant quelques jours après l'affaire de Bergerac, ne pouvait confier à un meilleur champion les intérêts de la cause qu'ils défendaient tous deux.

(') Commentaires et Lettres de Biaise de Monluc, publiés pour la Société de l'histoire de France, par M. Alphonse de Ruble, t. IV, p. 355; lettre du 11 août 15(3i.

(-) Arch. municipales de Bergerac, Registres de la Jurade.

(s) Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 799;

La Rivière n'avait avec lui que trois arquebusiers et quatorze arbalétriers; mais un assez grand nombre de paysans armés de fourches, exaspérés par les brigandages de Razac, s'étaient joints à lui, lorsqu'il apprit que ce dernier venait d'entrer à Sainte-Foy, où déjà commandait, par ordre de Monluc, le capitaine Lastout (1).

Il fut informé, par quelques protestants échappés de la ville, que Razac s'en était fait remettre les clés, qu'il avait fait incarcérer un assez grand nombre de calvinistes, parmi lesquels se trouvait le ministre Cruseau, fils d'un huissier au parlement de Rordeaux, et qu'il se disposait à les faire pendre. L'exécution de ces malheureux devait avoir lieu le lendemain matin (2). R n'y avait pas de temps à perdre, et La Rivière n'hésita point. La nuit était des plus obscures et par conséquent fort propice.

Vers les deux heures du matin, au moment où le sommeil est plus profond, il divisa sa petite troupe en deux sections, et tandis que la première forçait une des portes de la ville pour attirer la garnison de ce côté-là, la seconde, qu'il commandait en personne, tentait l'escalade du mur d'enceinte d'un autre côté, sur un point désigné d'avance (3).

R est d'ailleurs plus que probable qu'il avait des intelligences dans la place, car la porte céda rapidement; les deux troupes se précipitèrent « furieusement et à grands crys » par les rues qui conduisaient à la place entourée d'arcades où, comme aujourd'hui, s'élevait alors l'Hôtel de Ville. Là se trouvait la maison qu'habitait le capitaine Razac et le corps de garde principal «joignant son logis ». Les soldats qui le composaient, réveillés en sursaut par des commandements

(!) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 168. Requête des « manans et habitants » catholiques de Sainte- Foy au parlement de Bordeaux.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 799. Voyez au sujet du ministre Cruseau : Chronique bordeloise de Jean de Gaufreteau, t. Ier, p. 114.

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts. Requête des « manans et habitans » catholiques de Sainte-Foy. Leur récit diffère par quelques détails de celui de Théodore de Bèze, qui ne parle point de porte forcée, mais seulement de l'escalade.

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