CHAPITRE XXXI
d'Agenais s'était mis en marche « avec une bonne troupe » de cavalerie pour châtier les coupables; quatre jours après l'escalade, il faisait son entrée dans la ville.
Mais les habitants, qui avaient beaucoup à se faire pardonner, l'ayant averti « que Piles n'estoit pas loin qui le vouloit venir voir » à Sainte -Foy, « il en deslogea la nuict sans trompette » (').
A peine le parlement de Guyenne est-il informé des actes audacieux commis à Bergerac par Armand de Clermont et à quelques lieues de là par son lieutenant, qu'il décide l'enrôlement à Bordeaux de 1,200 hommes «pour tenir la ville en plus grande asseurance » (2) (10 décembre).
La Cour choisit douze conseillers; elle donne à chacun d'eux le commandement de cent soldats, qui seront enrôlés et armés par eux, de concert avec les jurats. Au nombre de ces douze commissaires, dont les pouvoirs sont très étendus, figure l'auteur de Contre-un, l'éminent écrivain Etienne de La Boëtie, qui dans son voyage en Agenais, en compagnie du vieux Burie, avait fait preuve d'une extrême rigueur contre les calvinistes. Chacun d'eux aura sous ses ordres quatre officiers individuellement chargés du commandement de vingt-cinq hommes (3).
C'est à peine si la Cour daigne consulter Froment d'Escars, gouverneur par intérim, et M. de Noailles, maire de la ville et commandant militaire
Le premier s'humilie, et par l'organe du président Boffignac (.(supplie la Cour luy vouloir octroyer voix délibérative comme membre du Conseil privé » (b), alors que l'archevêque
(') Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Éijlises réformées, t. II, page 801.
(2) Archives municipales de Bordeaux : Extrait des registres secrets, 10 décembre.
(3) Voici le nom de ces douze commissaires : les conseillers Mabrun, d'Alesme, de Belcier, Faure, Merle, Mérignac, J. de Alis, Valier, La Boëtie, Poynet, de Baulon le jeune et le procureur général de Lescure.
(') Extrait des registres secrets, 14 décembre.
(s) L'excellent historien du Parlement, M. Boscheron des Portes, blâme avec raison ces empiétements sur les pouvoirs militaires du gouverneur de la province; mais il ignore les motifs de ces mesures extraordinaires. Il en est encore le 10 décembre 1ÔG2 au combat de Targon, livré le 15 juin (Histoire du Parlement
de Bordeaux, grâce à son titre de conseiller-clerc assiste aux séances si bon lui semble.
Le même jour, 14 décembre, après avoir reçu les hommages de Fédéric de Foix, comte de Caudale, mortel ennemi du premier président, le Parlement, poussé par la fraction militante, se décide à l'aire un nouvel exemple pour terrifier les calvinistes bordelais qui pourraient avoir l'idée de se remuer, à la nouvelle des succès de leurs coreligionnaires.
Il ordonne de mettre à la torture un calviniste d'Agen, Me Guillaume de Lestage, avocat, qui depuis six semaines languissait au château du Hà, et fait procéder à son interrogatoire ('). Le 14 au matin, la Cour, présidée parle farouche Roffignac, le condamne à être trainé sur une claie et décapité Quelques heures à peine séparent du jugement l'exécution (3).
Peut-être y eût-il à ce triste spectacle quelque velléité de résistance aussitôt réprimée, car nous voyons que l'un des procureurs de la Cour y fut blessé. Peut-être ne s'agit-il simplement que d'un accident.
Le 18 décembre, sur la requête des catholiques de Sainte- Foy qui craignaient d'être accusés de complicité dans l'affaire
de Bordeaux, t. Ier, p. 162). Il est fâcheux que le président Boscheron, qui avait à sa portée la magnifique collection des arrêts du Parlement aux Archives départementales de la Gironde, ne les ait pas consultés; son livre y aurait gagné. Tel qu'il est, il contient des pages excellentes.
(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1C8. Arrêt du 14 décembre. Voir les dernières lignes de la note suivante.
(-) Idem, ibidem. Arrêt du 17 décembre : La Cour ordonne à son trésorier de payer sur les valeurs saisies lors de la décapitation de Lestage : 100 sols, au greffier et aux huissiers qui ont assisté à l'exécution ; 100 sols, au capitaine du guet;
100 sols, à Me Menault Dufau, procureur, « pour les médicarnens de la blessure qu'il receut à la dicte exécution; » 100 sols, à l'exécuteur de la haulte justice ;
24 sols, à Pierre de Saint-Victor, serviteur de la garde du Palais, pour le disné du dit Lestage et de ses gardes;
13 livres 10 sols tournois à Bernard du Couget, soldat du château du Hà, pour avoir gardé le dit de Lestage prisonnier au dit chasteau l'espace de six semaines et lui avoir fourni) bois et chandelle.
(3) Au bas de la sentence de mort, signée du président Roffignac, le rapporteur, François de Baulon, trace au-dessous de sa propre signature cette note significative : « Le dict jour le dit arrest a esté exécuté en la personne du dict Lestage. »