‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 261 sur 310 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

de l'escalade, le parlement de Bordeaux délégua tout spécialement le président Fronton de Béraud et le conseiller Joseph d'Eymar, pour se rendre immédiatement dans cette ville, y commencer une enquête, et « procéder par décret de prinse de corps contre ceulx qu'il trouvera coulpables ou delinquans des dits excès, massacre et eschellement de la ville » (*).

Le Parlement autorisa ses commissaires « à faire et parfaire le procès jusques à sentence de torture », seulement se réservant de juger lui-même l'affaire en dernier ressort.

Ce qu'il y a de particulier, c'est que le nom de La Bivière n'est pas même prononcé dans l'arrêt, ce qui prouve que la Cour ne le connaissait pas encore.

Des ordres avaient cependant été donnés par Monluc et d'Escars pour diriger des troupes du côté de Bergerac; « quelques enseignes d'infanterie, cinq compagnies de gendarmes, y compris celles de Jehan Daillon, du prince de Navarre et l'enseigne de gens de pied du capitaine La Salle », se rendirent dans cette région. Cette dernière, composée de 300 arquebusiers, vint s'établir au hameau de Castang(2). L'officier qui la commandait espérait sans doute mettre la main sur Armand de Clermont.

De sorte qu'en peu de jours toute la plaine de la Dordogne, entre Bergerac et Sainte-Foy, fut ravagée par ces troupes « de la plus étrange façon » (3).

La Bivière, informé par ses gens du mécontentement des populations rurales, se hâta d'en profiter. A la faveur de la nuit, il allait « de village en village » , recrutant « des hommes de bonne volonté » . Le moment venu, il prend avec lui cent vingt paysans et douze soldats éprouvés, divise sa troupe en deux sections, afin d'assaillir l'ennemi de deux côtés à la fois, et surprend au hameau de Castang les 300 arquebu-

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 168.

(2) Castang, hameau de la commune de Bergerac. (Dictionnaire topographique de la Dordogne, par M. de Gourgues.) Cette localité, située à rni-coteau, est distante d'environ 6 kilomètres du château de Piles.

(3) Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 801; Be Thou, Histoire universelle, t. III, p. 377.

siers du capitaine La Salle. Epouvantés par l'impétuosité de l'attaque, ceux-ci prennent la fuite dans un tel désordre que cent quarante hommes y perdent la vie.

La troupe tout entière eût été exterminée, si les huguenots, au lieu de se conformer aux prescriptions de leur jeune chef, ne s'étaient attardés à dépouiller les morts. Un retour offensif de La Salle et de sa cavalerie pouvait devenir fatal. La Rivière donna le signal du départ. Mais ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à rallier ses hommes et à gagner le village de La Madeleine, en face de Bergerac (').

Prévenues de ce qui se passait, cinq compagnies, logées à l'entour de la ville, se formèrent en bataille, au bourg de Gardères (2), appuyées par la cornette de cavalerie du prince de Navarre. La nuit les empêcha de se porter en avant.

Dès l'aube du jour, La Rivière fit sonner le tocsin à l'église de La Madeleine; monté sur l'un des chevaux qu'il avait pris, il poussa la témérité jusqu'à venir reconnaître seul, près de Gardères, à quelles forces il avait affaire.

Cette imprudence faillit lui coûter cher; poursuivi par quatre argoulets, il essuya «force arquebouzades », mais parvint cependant à regagner La Madeleine sans aucune blessure.

Malgré la disproportion du nombre, il prit la résolution d'attaquer la division catholique la nuit suivante ; mais quelques-uns de ses hommes, envoyés en reconnaissance, lui signalèrent la présence de six avant-postes fortement établis dans la plaine (3).

Poursuivi le lendemain par toutes les forces ennemies, il sauva ses soldats par un habile stratagème. Au moment où ils allaient être enveloppés près de la Dordogne et massacrés

(!) Histoire universelle, t. III, p. 377. La Madeleine est aujourd'hui un grand faubourg de Bergerac, relié à la ville par un pont en pienc

C2) Gardères, ou Les Gardères, localité plusieurs fois citée dans le récit de Théodore de Bèze, n'existe pas dans l'excellent Dictionnaire typographique de M. de Gourgues, si remarquable par son exactitude, mais on y trouve les Gardettes (Hautes et Basses) dans la commune de Varennes.

(3) Haag frères, la France protestante ; Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des É'jlises réformées.

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