‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 266 sur 310 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

tante comptait de nombreux partisans, et dont il voulait faire une base d'opérations solide.

Or, M. de Noailles pensait que de la Normandie les « écharpes blanclies (') » pourraient bien gagner la Saintonge et la Guyenne (2). Dans cette occurrence, il demandait à Catberine d'envoyer à « ses bons et fidelles serviteurs ung personnaige d'autorité avec bonnes forces » (3).

Cette demande fut-elle connue de Froment d'Escars et du premier président? Une indiscrétion fut-elle commise? Nous l'ignorons, mais elle suffirait à expliquer la haine de ces deux fonctionnaires d'ordre supérieur contre le gouverneur du cbàteau du Hà (4).

Ce que M. de Noailles eut à souffrir dans les derniers mois de sa vie des tracasseries journalières suscitées contre lui par Froment d'Escars, est impossible à raconter. Ce fut même, au dire de sa veuve, l'une des causes de sa mort.

M. de Lagebàton était doué de sentiments trop élevés pour employer de pareils moyens contre ses adversaires, mais il accusait Noailles, ainsi que l'archevêque, d'appartenir « à cette association politique et religieuse qui repoussait toute transaction, tout compromis, et qui prétendait lutter non seulement contre les huguenots, mais encore contre les partisans de la tolérance » (5).

Le 15 décembre, sur l'ordre formel de Charles IX, le premier président avait fait transférer du château du Hà dans les prisons de la Conciergerie Me Guy de Godail,

(*) La cavalerie royaliste portait en sautoir I'écharpe rouge; l'écharpe blanche était le signe distinctif de la cavalerie protestante.

(*) «Il est à croire aussi qu'estant maintenant Mons1 l'admirai réduict en la ville d'Orléans, il envoyera partie de ceste cavalerie qui est demeurée fort entière et t'aict des ravages et désordres parmy les provinces de ce royaulme, et je m'assure que ces deux pays de Guyenne et de Languedoc ne seront des derniers visitez. »

O Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg : Lettre du 2!l décembre, déjà citée.

(*) Cette supposition est d'autant plus probable que le gentilhomme chargé par M. de Noailles de remettre sa lettre à Catberine de Médicis était un des fidèles de Froment d'Escars. (Voir les premières lignes de (•clic missive.)

(5) Bibliothèque nationale, Fonda français, vol. 15875, fos 515 a 518. Lettre inédite du premier président de Bordeaux à Catherine de Médicis, citée par M. Tamizey de Larroque. (Voyez Antoine de Noailles à Bordeaux, p. 8'2, note I.)

dit Capolète, receveur général des finances dans la ville d'Agen ('). Il n'est pas douteux que M. de Noailles, qui commandait la forteresse, n'eût été excessivement froissé de ce qu'il regardait, à toi t ou à raison, comme un manque de confiance.

A partir de cette date, nous voyons le premier président, malgré l'opposition très vive qu'il rencontrait dans une moitié du Parlement, peu soucieux des ordonnances royales, faire mettre en liberté, sous caution, un grand nombre de calvinistes, à la seule condition de faire profession de foi catholique ou de quitter Bordeaux dans les vingt-quatre beures.

Citons Pierre de Linards, procureur au siège présidial de Bazas; Pierre Gringault, dit Monge; Bernard Brunei, « mangonnier»(2); Pierre Duboys, serrurier; Pierre Duvergier, « cousturier » ; Pierre Mercadey et Jehan Colomb, accusés de « voleries, saccagemens et lèse -maj esté », mais amnistiés par les lettres royales d'abolition ; Me Annet Chalup, lieutenant particulier en Bazadois, prisonnier depuis la Saint-Martin d'hiver, « sans avoir pu estre oy, » et dont la femme était gravement malade; Jehan de Couldre, procureur d'office en la comté de Taillebourg, arrêté par erreur à la place d'un homonyme qui courait les champs; Jacques de Mellet, écuyer (3) ; Bobert Meslon ; François de Gascq, lieutenant général en Bazadois, dont nous avons cité la courageuse conduite, et « Jehan Maillardon, son serviteur », etc. (4).

A cette liste, déjà longue, il faut cependant ajouter trois pauvres femmes protestantes, dont la santé se trouvait fort

(*) Lettre du roi au Parlement, datée « du boys de Vincennes » le 24 novembre et citée dans l'arrêt de la Cour. (Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1G8.)

(s) La corporation des mangonniers était celle des « regrattiers, revendeurs ou fripiers ». (Glossaire de Ducange, t. VII, p. 224.) Les tailleurs d'habits se nommaient « maistres cousluriers. »

(3) Déjà, en 1551, un gentilhomme de la même famille, Louis de Mellet, sieur de Crain, avait été décrété d'accusation et brûlé, en effigie, comme hérétique. (Voir chapitre X, p. 114.)

(4) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts. Arrêts des 15, 17, 18 et 24 décembre.

Page 1