‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 267 sur 310 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

gravement altérée par une « longue détention » : Bertrande Martin, Perrine de Gorrège et Mondine Delioux (»).

Rien ne pouvait exciter à un plus haut degré la rage des fanatiques et des timorés ; les divisions s'envenimèrent à ce point qu'il fallut écrire à Monluc pour le prier de se rendre à Bordeaux. Il venait de quitter Montauban, qui tenait toujours contre Terride, et d'arriver dans celte ville d'Agen pour laquelle il avait une préférence marquée, qu'il gouvernait à sa guise et dans laquelle il aurait voulu transporter le siège du commandement. Voici, d'ailleurs, comment il s'exprime à ce sujet :

« Quelques jours après, la Cour de parlement et M. de » Noailles, gouverneur de la ville, m'envoyèrent prier vouloir » aller jusques à Bordeaux, pour aider à pacifier une partia- » litê qui s'estoit esmue dans la dicte ville : ce que je fis, et » y demeuray quelques jours; puis m'en retournay à Agen » pour estre au cœur de la Guyenne, où aborde ordinaire- » ment toute la noblesse. C'est là où doit estre le siège d'un » lieutenant du roi, et non à Bordeaux, encores que ce » soit la ville capitalle, car elle est trop esloignée ; et puis » il y a un parlement qui se mesle de tout, et la noblesse » n'y peut aller sans grands frais; et toujours il y a quelque » verre cassé qui fait peur aux gentils-hommes lorsqu'ils » y vont (2). »

Cependant Piles et La Rivière continuaient le cours de leurs exploits. Monluc, irrité par les nouvelles qu'il en reçut pendant son rapide séjour à Bordeaux, résolut d'en débarrasser le pays et de s'emparer d'eux par surprise (3).

Pour mener à bonne fin ce projet d'une exécution difficile, il aurait fallu d'abord n'en faire part à personne. Mais lier la langue d'un Gascon est chose encore plus malaisée que

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 168. Arrêt du 27 décembre.

(2) Commentaires, liv. V, p. '270 et 277.

(3) Théodore de BÊZE, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Il, p. 805. Monluc, dans ses Commentaires, a jugé bon de supprimer tout ce qui se rapporte aux exploits des capitaines Piles et La Rivière. De Thou, plus équitable, en parle longuement. (Voyez liv. XXXIV.)

mettre la main sur deux capitaines jeunes et alertes qui courent les champs.

Avant que Monluc eût réuni les troupes nécessaires, Piles était averti de son dessein. Sachant bien que ses forces étaient insuffisantes pour lutter en rase campagne contre un pareil adversaire, il pensa qu'il valait mieux s'emparer d'une place forte, et ce fut à Mussidan qu'il songea tout d'abord, par suite des intelligences qu'il avait avec les réformés de cette ville, assez mal gardée.

Ses dispositions furent prises sur-le-champ. Des échelles de corde lui furent jetées du haut des remparts par une nuit propice, et Piles, suivi de trente hommes déterminés, pénétra sans bruit dans l'un des faubourgs de Mussidan.

Restait le château, plus difficile à prendre. Le dessein du capitaine Piles était de se cacher avec ses hommes jusqu'au lendemain matin et d'attendre, pour attaquer la place, que le pont-levis fut abaissé dans le but de livrer passage aux soudards qui chaque jour se rendaient en ville.

Mais, prévenu par les calvinistes qui l'attendaient que les soldats de la garnison avaient passé la première partie de la nuit à boire et à danser, il résolut de tenter le coup sans plus tarder. Les murailles étaient très élevées, deux longues échelles furent attachées bout à bout et appliquées contre le seul point qui présentât une hauteur moindre. Malheureusement, pour atteindre au créneau, il fut impossible de leur donner aucune pente, de telle sorte qu'un « petit enfant. » eût suffi pour les renverser (').

Piles donna l'exemple de cette difficile et dangereuse ascension. Quinze soldats suivirent leur capitaine, mais l'échelle se rompit sous le dernier. Il fallait remplacer le nombre par la rapidité de l'attaque ; elle fut si lestement et si vaillamment conduite, qu'Armand de Clermont s'empara du château sans presque trouver de résistance.

A la nouvelle de cet événement, un grand nombre de

(*) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 807.

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