CHAPITRE XXXII
conspiration et lèse-majesté », dont la liste leur avait été remise (1).
C'était recommencer les arrestations et les procès-criminels six mois après le complot du Château-Trompette, alors que les coupables ou les calvinistes soupçonnés d'avoir pris part à cette affaire étaient depuis longtemps couverts par les lettres royales d'amnistie.
C'était pousser à bout des gens paisibles; exaspérés par les tracasseries, ils pouvaient devenir dangereux.
Le moment était d'ailleurs assez mal choisi. Par suite de la disette des derniers mois de l'année 1562, la misère était effroyable. La rigueur de la température l'augmentait encore.
Dès le 2 janvier, il fallut prendre des mesures extraordinaires pour remédier au mal. Une réunion fut convoquée pour le lendemain, dans la grande salle de l'hôpital Saint- André; l'archevêque Prévost de Sansac fut invité à s'y rencontrer avec les administrateurs de l'hôpital. La Cour y députa les conseillers d'Alesme, François de La Guyonnie et M. de Limeyrac, président aux enquêtes. D'importantes mesures y furent arrêtées.
Tous les membres du Parlement, ceux de la Cour présidiale, ceux de la Chancellerie et jusqu'aux huissiers se cotisèrent pour subvenir à la nourriture des malheureux (2).
Et comme on tremblait que la faim ne les poussât à accepter quelques secours des calvinistes, dont l'escarcelle était toujours ouverte aux pauvres, un arrêt du Parlement décida que tous les mendiants seraient logés gratuitement au couvent des Jacobins ou Frères prêcheurs; en outre, qu'ils seraient hébergés aux frais de la Ville Timebat hœreticos et dona ferentes.
Les jurats, sur leur demande, furent autorisés à lever
(!) Arcii. départementales de la Gironde, série R, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 108. Par exception, l'arrêt n'est revêtu d'aucune signature.
(s) Arcii. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets et Bibliothèque municipale de Bordeaux, mss. 307, 309 et 370.
1200 livres d'imposition sur les habitants, alin de pourvoir à la sûreté de Bordeaux (').
Le 13 janvier, la Cour, déjà chargée de nombreuses cotisations, décide que, de concert avec les officiers de la sénéchaussée de Guyenne, elle entretiendra de ses deniers 200 soldats de plus (2).
Le 30, on écrit à Charles IX pour lui demander l'autorisation d'augmenter le nombre des archers du guet.
Mais, quatre jours après, une douche d'eau glacée vient tempérer cette extrême ardeur. Toutes les Chambres sont assemblées, d'Escars, l'épée au côté, se présente au parquet de l'audience; on le fait asseoir «au-dessous de l'archevêque ». Il apporte au Parlement des lettres de la part du roi (3).
Le roi! c'était quelque chose alors, puisque chacun tenait à l'avoir dans son parti.
Charles IX adressait à la Cour une nouvelle copie sur parchemin de ses « lettres d'abolition » en faveur des protestants de Bordeaux ou de Bazas, et particulièrement pour ceux qui auraient été compromis dans l'affaire du Château- Trompette. Dans une lettre missive autographe, il sommait la Cour de les enregistrer.
Après le départ du gouverneur par intérim, une altercation très vive mit aux prises les deux partis extrêmes qui composaient le Parlement.
M. de Lagehàton déclare que le premier devoir de la Cour est d'obéir aux ordres du souverain. BoHignac, emporté par la colère, apostrophe le premier président et laisse même échapper des menaces significatives; cinq ou six conseillers prennent la parole à la fois ; la séance est levée au milieu d'un désordre indescriptihle.
Le surlendemain, 5 février, les Chambres se réunissent
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 160.
(2) Arch. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets et Bibliothèque de la Ville, ms. 367 et 370.
(3) Idem, idem, ibidem.