‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 270 sur 310 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

de nouveau pour délibérer sur cette importante question : Le Parlement doit-il, ou non, enregistrer les lettres d'abolition? Osera- 1- il, ou non, s'insurger contre l'autorité royale (')?

Sur l'invitation du premier président, l'assemblée frémissante se dispose à répondre par ses votes à cette brûlante interrogation.

Le dépouillement du scrutin donne le singulier résultat d'un nombre de voix égal de part et d'autre. M. de Lagebàton, pressé par ses adversaires, décide qu'on se réunira le lendemain pour recommencer le vote.

Les huissiers procèdent, le G, à l'appel nominal et constatent qu'un des conseillers présents la veille, M9 Antoine de Gaultier, n'assiste pas à la séance (2).

Là dessus, grande discussion : les uns veulent qu'on l'envoie chercher; tandis que leurs adversaires demandent que l'on tienne compte de sa voix, comme s'il était présent. Ce qui nous fait croire que le vote n'était pas secret.

Cet incident, que nous rapportons pour montrer que les deux partis étaient à peu près d'égale force, provoque une grande irritation contre d'Escars qui, peut-être en remettant au Parlement les lettres royales qui le rappelaient au sentiment de ses devoirs, avait un peu trop laissé paraître le plaisir qu'il éprouvait à s'acquitter de cette commission.

La Cour se hâte de prendre sa revanche : désormais, sauf les princes du sang et le gouverneur de la province, nul n'assistera l'épée au côté aux séances du Parlement. Défense est faite aux lieutenants du roi de faire entrer leurs hallebardiers ou leurs arquebusiers dans « la grande salle du

(*) Arch. municipales de Bordeaux, iïiss. Extrait des registres secrets et Bibliothèque municipale de Bordeaux, mss. 307, 369 et 370.

(2) Idem, ibidem, mss. 307 et 370 : « Le 6 de février i563 ordonna la Cour, d'autant que le jour de devant il avoit esté délibéré sur des lettres patentes du roy consernant l'abolition de la sédition et que les voix n'avoient esté comptées, que le sieur Gautier, qui y esloit le jour avant, serait mandé venir. Cependant sera procédé à la recollation des voix et que l'opinion d'icelluy tenue le jour précédent sera comptée pour une voix. » On peut constater d'après ce passage que la mode de voter pour les absents ne date pas d'hier.

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Palais» ; ils devront les laisser au dehors, dans l'antichambre ou dans la salle des pas perdus (,).

Signification de cet arrêt — qui n'était, en somme, qu'une méprisable vengeance personnelle — est laite à MM. de Noailles et d'Escars par ministère d'huissier (2).

C'est le 17 février que fut prise celte décision si blessante pour les commandants militaires. Dix jours après, Catherine de Médicis en était informée, et le 28, du camp de Saint Mesmin, elle adressait au parlement de Bordeaux les lignes suivantes, dans le but de rétablir l'union :

« Messieurs, ayant entendu qu'il y avoit tout plain de petites divi- » sions et particularité/, parmi vous aultres et mesmes entre ceulx qui » doibvent mettre et nourrir la paix et le repos dans vostre ville, je » vous en ay bien voulu escrire et vous prier de considérer que ce n'est » ny le temps ny la saison où telles choses se doibvent faire, d'autant » qu'il n'en peut advenir que ruyne au service du Roy, Monsieur mon » fils, et à tous vous aultres.

» J'ay aussy esté advertie que vous ne voulez laisser entrer le sieur » de Noailles avecques les armes dans vostre compagnie, sur quoy je » vous prieray n'y riens innover, mais en user tout ainsy que vous » faisiez du temps du Roy, mon seigneur. Vous vous entendrez bien, au » demourant, avecques lui, comme je luy mande de faire avecques vous » aultres; afin que tous, d'un consentement et d'une mesme volonté, » vous regardiez et procuriez tout ce qui sera pour le bien et conserva- » tion de vostre ville, priant Dieu, Messieurs, vous avoir en sa saincte » et digne garde (3). »

Mais les recommandations de la reine-mère ne furent pas d'un grand poids auprès de gens aveuglés par la haine ou le fanatisme.

Cependant, à Bordeaux, la misère augmente avec la disette. Un navire flamand chargé de grains vient d'être arrêté à Blaye. Le lieutenant du sénéchal fait, de son autorité

(!) Le maire do Bordeaux, Antoine de Noailles, étant à la fois commandant militaire de la ville et gouverneur du Château du Hà, avait douze hallebardiers pour sa garde particulière.

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts. Arrêt du 17 février 1563.

(3) Bibliothèque nationale, ras. C908. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroque, correspondant do l'Institut, dans sa remarquable étude sur Antoine de Noaillrs, p. HO.

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