‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 27 sur 310 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

n'y aura sursis à l'exécution que dans le cas d'appel à mi ni nid par les procureurs généraux. L'appel sera jugé sur place par des assesseurs convoqués dans ce but. Les frais du procès seront supportés par les évèques (').

Ces injonctions royales produisirent promptement leur etîet. Déjà, le 14 juillet, le Parlement, stimulant le zèle du tribunal diocésain, donne l'ordre à l'auditeur de l'archevêque de faire le procès « aux luthériens » signalés dans les environs de Bordeaux, « à La Tresne, à Camblanes et ailleurs » (2). Il somme le provincial des Franciscains de procéder sans retard « à la punition et à la correction des religieux qui avaient quitté l'habit monacal et n'observaient pas les règles de leur ordre » (3).

C'est qu'en effet les nouvelles doctrines avaient envahi les couvents et tout particulièrement ceux des Franciscains de la petite Observance et des religieuses de l'Annonciade.

Ce dernier monastère, situé dans la rue Mingin (*), était de 'fondation toute récente. Créé par Jacquette Andron de Lansac, femme de messire Alexandre de Saint-Gelais, chevalier, ambassadeur du roi François Ier, il existait en vertu d'un acte constitutif du 9 juillet 1521, et portait aussi le nom de couvent de Y Ave Maria.

Grâce à la haute situation de sa fondatrice, il devint rapidement fort à la mode; les premières familles seigneuriales y placèrent leurs filles. Jacques de Pons, baron de Mirambeau, avec qui Mrae de Lansac s'était mariée en secondes noces, suivit cet exemple en y faisant entrer Jehanne, sa fille aînée, tandis que Françoise, la plus jeune, faisait son éducation à Saintes, chez les sœurs de Notre-Dame.

(!) Reg. n° 31, cité, précédemment, fos 40 et suiv. : Lettres attributives, etc.

(2) La Tresne et Camblanes sont deux communes du canton de Créon, dans l'arrondissement et à peu de distance de Bordeaux.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367 et 369, Extrait des registres secrets.

(*) Aujourd'hui rue Magendie. L'église construite par l'architecte Mathurin Gallopin, en vertu d'un contrat du 26 novembre 1519, n'était pas encore terminée. (Voir les Bordelais inconnus, lre série, p. 12 et suiv.) Mme de Lansac mourut en 1532.

Plus tard, à la suite d'événements qu'il serait trop long de raconter ici, cette dernière vint rejoindre su sœur au couvent de l'Annonciade. Le 28 novembre 1532, sous l'influence de son entourage, elle fit son testament en faveur de ce dernier monastère.

Divers indices nous font supposer que ce fut par l'intermédiaire des moines Fransciscains, convertis eux-mêmes à l'Évangile, que la Réforme pénétra chez les religieuses de Y A ve Maria.

Une. bulle papale avait placé ces dernières sous la direction du provincial de l'ordre de Saint-François, qui leur avait donné comme confesseurs quelques-uns de ses religieux (1).

Quand tout à coup, le 2 septembre 1535, survient une « défense aux religieux Cordeliers déparier aux relligieuses de la Nonciade, ny de les confesser sans la permission de leur confesseur et de la mère ancelle » (2), c'est-à-dire de la supérieure (3).

Mais cette défense tardive fut sans doute un préservatif insuffisant, car nous trouvons dans l'inventaire déjà cité la mention d'un « arrest de la Cour, du 26 juin 1539, pour remettre dans le couvent de la Nonciade cinq religieuses qui en estoient sorties ».

Ce qui concorde bien avec ce passage de Dom Devienne : « Les maximes de la nouvelle religion ayant pénétré dans le couvent des Annonciades, plusieurs religieuses en sortirent; mais comme elles avaient mal pris leurs mesures, elles furent obligées d'y rentrer, et le Parlement rendit un arrêt qui enjoignit au provincial de l'ordre de Saint-François, dans la province d'Aquitaine, de procéder à la correction et puni-

(*) Arch. départementales de la Gironde, série H, congrégations religieuses : « Inventaire des tiltres et documents du monastère des relligieuses de la Nonciade de Bordeaux, dressé par V. M. M. Hierosme Lopés, professeur en théologie et chanoine théologal de l'église métropolitaine et prirnatiale de cette ville. » M. l'abbé Callen, professeur à la Faculté de théologie, publie en ce moment une réimpression de l'important ouvrage du chanoine Lopès sur la cathédrale Saint-André. Le tome Ier a déjà paru.

(2) Idem, ibid.

(3) Ancilla, servante, titre d'humilité qui masquait souvent un orgueil incommensurable.

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