CHAPITRE III
tion tant de celles qui avaient quitté leur habit que de celles qui vivaient peu conformément à la règle » (').
Réintégrer dans leur couvent de jeunes hérétiques qui avaient pris en horreur la robe qu'elles portaient, c'était, on en conviendra, enfermer le loup dans la bergerie; mais l'importante question de la dot et des donations en était seule la cause; la congrégation se refusait absolument à y renoncer (2).
jypies Françoise de Pons et Renée de Relleville, plus obstinées que leurs jeunes compagnes, furent mises sous les verroux. Un conseiller au Parlement qui se rendit au couvent pour leur parler de leurs intérêts, le 11 septembre 1540, ne put communiquer avec elles. Il prit soin de faire constate]' cette interdiction par acte notarié. « Refus du père con fesseur et de la mère ancelle à M* Jacques Thibault, conseiller du roi, de le laisser communiquer avec Françoise de Pons et Renée de Relleville, enfermées dans une chambre haute par ordre du Parlement » (3).
M1Ie de Verteuil, l'une de celles qui s'étaient échappées du couvent, fut plus habile ; elle se mit sous la protection d'un mari. Elle épousa messire Adrien de Montberon, chevalier, seigneur d'Archiac.
L'inventaire des titres du couvent contient la mention suivante, qui vaut bien la peine d'être relatée :
« N° 12 — Ce sac contient le procès contre le sieur Ver- » teuil, sieur de Feuillus, à qui les dames religieuses demau- » doient la dot et rente de la dame d'Archiac, sa fille, qui » estoit sortie du couvent et avoit appostasié en embrassant » la religion prétendue réformée. Les dames de l'Annonciade
(!) Histoire de Bordeaux, édit. de 1771, p. 128. Voyez aussi les Registres secrets à la date du 14 juillet 1540.
(2) Nous avons dit que Françoise de Pons avait fait un testament en faveur du couvent de l'Annonciade; Marie de Larripault n'y était entrée qu'à la condition d'y payer une dot de 600 francs bordelais, environ 7,800 francs d'aujourd'hui. Les deux filles de M. de Montforrand, écuyer, sieur de Bellegarde, avaient apporté 800 francs de dot, il raison de 50 francs par an, etc.
(3) Arch. départementales de LA GIRONDE, série E, notaires: Minutes de Pierre Fredaigne, 279-1.
(*) Les descendants de la famille de Verteuil existent encore en Saintonge.
» demandaient au surplus les biens que la dite dame » d'Archiac avoit acquis, ou eu, depuis sa sortie de la » maison. »
Il s'agit ici d'Arnaud de Verteuil, seigneur de Feuillas et de Maleret, l'un des premiers gentilshommes bordelais qui aient donné leur adhésion au calvinisme. La maison noble de Feuillas était située en face même de Bordeaux, sur le coteau du Cypressat. Il s'y tint plus tard, comme nous le verrons, des réunions religieuses qui furent interdites.
On voit, par les arrêts relatifs aux religieuses de l'Ave Maria, que le Parlement, se conformant aux prescriptions royales, ne laissait plus comme autrefois la connaissance des procès d'hérésie au tribunal diocésain. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'un certain nombre de membres du clergé siégeaient au Parlement avec le titre de conseillers clercs, tandis que les autres portaient celui de conseillers lais.
Dans son Histoire du Parlement de Bordeaux, le président Boscheron des Portes, dont il est facile de constater les tendances cléricales, paraît avoir un peu trop laissé dans l'ombre l'importance de cette monstrueuse association de la magistrature et du clergé, qui devait porter de si rudes coups à la Réformation dans le Sud-Ouest.
Il se borne à constater qu'à l'origine, lors de la création du Parlement sous Louis XI, l'archevêque de Bordeaux, Biaise de Greelle, faisait partie du Parlement de Guyenne en qualité de conseiller clerc, et qu'il eut pour successeur l'évêque de Dax.
Le libre examen, d'où procédaient ouvertement les nouvelles doctrines proclamées par Luther et Calvin, s'attaquait aux croyances religieuses qui faisaient la force du clergé romain et formaient la base de son influence sur les masses peu éclairées ; y porter atteinte c'était s'attaquer à l'existence même du clergé de France. C'est ce qui explique comment il mit tant d'ardeur à les défendre.
Le président Boscheron des Portes fait à cet égard un aveu précieux à recueillir. « On ne saurait méconnaître,