‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 273 sur 310 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

» Et sans l'expérience que j'avais, je me doute que j'eusse pris le parti de l'exécution, car mon naturel tendoit plus à remuer les mains qu'à pacifier les affaires, aymant mieux frapper et remuer des cousteaux que faire des harangues; mais la prudence me gagna sur ce point ('). »

La Cour de parlement, la noblesse et toute la ville vinrent le supplier d'accepter les fonctions de lieutenant du roi ; ce fut M. de Lagebâton qui porta la parole ; mais il refusa longtemps. La moitié de cette Guyenne, qu'il se vantait d'avoir pacifiée, alors que Mussidan, Eymet, Bergerac et Sainte-Foy venaient de tomber aux mains des huguenots, lui semblait une assez maigre récompense de ses services, qu'il faisait sonner si haut. Il écrivit à la reine-mère pour la remercier et lui dire qu'il n'acceptait pas.

Les raisons qu'il donne de son refus sont d'une autre nature : « Ayant à servir, dit-il, un roy en son enfance » dans une contrée où je prévoyais bien que j'aurais beaucoup d'affaires et peu de moyens d'agir, « il me semhloit que ce » seroit plus d'avantage pour moy d'aller loin de mon » fumier que demeurer dessus » (2).

Peut-être voulait-il seulement se faire un peu prier, sachant bien qu'on reviendrait à la charge.

C'est précisément ce qui arriva : M. de Lagebâton, suivi des autres présidents et des plus anciens conseillers, vint lui rendre visite; MM. de Candale, d'Escars, de Lur (3) et beaucoup d'autres gentilshommes joignirent leurs sollicitations à celles de la Cour et du clergé (*).

Ils mirent tant d'insistance à lui faire accepter le poste honorable qu'on lui offrait, qu'il écrivit à la reine-mère pour lui dire de compter sur lui.

. Son premier soin fut de s'occuper de Mussidan, d'où Piles et ses lieutenants, de plus en plus audacieux, partaient pour

(*) Commentaires, liv. V, p. '278.

(s) Idem, ibidem.

(8) Louis de Lur, vicomte d'Uza, sénéchal de Bazadais, qui plus tard commanda comme vice-amiral la flotte catholique au premier siège de La Rochelle. (*) Commentaires, liv. V, p. '278.

5iG HISTOIRE DE LA RÉFORMATION.

de lointaines expéditions, presque toujours couronnées de succès.

Précisément la Cour venait d'apprendre que l'un de ses membres, le conseiller Blanchier, chargé d'une mission secrète, avait eu la mauvaise chance de tomber aux mains d'une troupe de huguenots qui l'avaient conduit à Mussidan.

L'un de ses collègues, informé de l'arrestation d'un ministre protestant nommé Borda, par le sénéchal de Périgord, proposait d'écrire à ce dernier de le rendre « aux séditieux » en échange du conseiller captif.

Mais le premier président prit immédiatement la parole et s'éleva fortement contre la motion qui venait d'être faite; il affirma que ce serait reconnaître comme belligérants des gens que la Cour tenait simplement pour des « voleurs » (*). Voleurs de villes, aurait-on pu lui répondre; et que sont d'ailleurs les plus grands conquérants, si ce n'est des voleurs d'États?

Il fut décidé qu'on soumettrait le cas à M. de Monluc, en lui faisant observer que la femme de l'un des chefs de Mussidan était sœur d'un conseiller au Parlement, Me R. Bouchier, chez qui elle avait élu domicile. La Cour, emportée par la fièvre politico-religieuse qui à cette époque néfaste égarait les meilleurs esprits, approuva l'ordre d'arrestation de cette dame qu'elle fit conduire dans les prisons de la Conciergerie (2) .

De son côté, Monluc ayant obtenu des jurats de Bordeaux deux pièces de canon et une couleuvrine, les expédia par la Garonne à son fils, le capitaine Peyrot, le signataire de la capitulation de Terraube.

Cet officier venait d'organiser, pour les amener au roi, douze enseignes de gens de pied, « les plus belles et les

(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 370, t. II, f'° 380. Mon exemplaire des Registres secrets, et le manuscrit de la Bibliothèque de la ville attribuent cette sortie au procureur général de Lescure.

(s) Idem, ibidem. Il s'agit sans doute île Pierre de Bouchier, ancien procureur général du roi, nommé conseiller en 1527.

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