‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 275 sur 310 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Il no fallait pas moins de trois jours pour aller au prêche et en revenir.

Dans le premier emportement causé par la lecture des conditions de la paix, Calvin, qui écrivait à Soubise ('), traita Condé de « misérable » (2).

Quant à Coligny, devant le prince, en plein conseil, il exprima son indignation : « On a fait plus de tort aux Eglises par un trait déplume, s'écria-t-il, que les ennemis n'en eussent pu faire en dix ans de guerre; les villes ont été sacrifiées aux nobles; et cependant ce sont les pauvres qui ont montré le chemin aux riches; ceux-ci ne songeaient qu'à piller et à s'enrichir et ne parlaient que de s'en retourner quand les choses ne tournaient pas à leur fantaisie (3) ».

Peyrot de Monluc, à ces nouvelles, eut la courtoisie de faire prévenir le capitaine Piles que la paix était signée; mais celui-ci, redoutant quelque piège, attendit que YEdit d'Amboise eût été publié dans les rues de Bordeaux. Alors seulement, il se retira près de Bergerac, dans son château de Cours-de-Piles (•*).

On peut deviner aisément qu'à Bordeaux la publication de la paix dont nous venons de parler n'eut pas lieu sans une très vive opposition de la part des membres du Syndicat et de la fraction ultra-catholique du Parlement.

Monluc, lui-même, écrivit à Catherine de Médicis : « Je me » soumets souffrir une mort honteuse, si vous voyez régner » deux ans le roy vostre fils, si vous et son Conseil per- » mettez que dans son royaulme y ait deux différentes » religions ; et me semble puisque nous en sommes venus

(') Jean Larchevesque, seigneur de Soubise, dernier rejeton mâle de la maison de Parthenay.

(2) Lettres de Calvin, publiées par M. Jules Bonnet, t. II, p. 495.

(s) La Popei.inière (Henri-Lancelot-Voisin de), Histoire des troubles et guerres civiles en France pour le faict de la religion depuis 1555 jusqu'en 1581.

(*) Ce château, nous l'avons dit, est en ruines; il se trouvait alors dans la paroisse de Saint-Aigne, qui portait le nom d'un village situé sur le coteau. Saint Aigne et La Rivière appartenaient à la juridiction de Beaumont. A environ quatre kilomètres, en remontant la Dordogne, on trouvait au bord de l'eau le castel de La Rivière, habité sans doute par le lieutenant de Piles ou par sa famille. (Communication obligeante de M. J. Lavalctte de Montbrun.)

» si avant et que Sa Majesté a pris les armes et cogneu les » trahisons que l'on brassait contre Sa Grandeur, que nous » devons exterminer celle qui nous a menés à la ruyne et » peine où nous sommes. »

Et ce même homme qui parle de trahisons, ce gouverneur de province chargé de garder nos frontières du Sud-Ouest, va, quelques mois plus tard, pactiser avec les ennemis de l'État, correspondre avec le roi d'Espagne et comploter traîtreusement avec lui la chute de son roi.

Mais il était trop habile pour ne pas dissimuler. Il feignit pour le moment de subir la paix et fit partir un de ses capitaines pour expliquer à Charles IX à quelles conditions on pouvait espérer de maintenir l'ordre !

« L'inimitié est si grande entre les deux partis, lui » écrivait-il, qu'elle ne se pourra promptement amortir. » Avec tant d'esprits gaillards qu'il y a dans ce pays, il » est à craindre qu'il ne se dresse des factions (l). » Il en savait quelque chose.

Le 31 mars 15G3, par son ordre, YÉdit d'Airiboise, apporté par le capitaine Fleur-de-Lys, fut proclamé dans les rues de Bordeaux, à son de trompe, avec la plus grande solennité.

Le premier président Lagebàton, qui devait peut-être la vie à Monluc, n'hésita point à lui prouver sa reconnaissance. Dès le lendemain 1er avril, il écrivait à la reine-mère :

« Madame, combien que plusieurs et des plus grands de » deçà n'ayent laissé et ne laissent encore pierre à remuher » pour empescher la paix et les effets d'icelle..., ce nonobs- » tant, elle fut hier publiée en ceste ville par l'authorité de » M. de Monluc, suyvant le commandement que le Roy luy » en a faict, et fut publiée fort solennellement, et sinon avecq » le consentement de tous, à tout le moins de la plus part et » sans aucune sédition ni trouble; mais ce ha esté, Madame, » par la plus grande [prudence] et dextérité, desquelles mon » dict sieur de Monluc ha usé en cest endroict, etc. (2). »

(') Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, mss. Lettres de Monluc. (2) Arch. historiques de la Gironde, t. X, p. 254.

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