CHAPITRE III
dit-il, qu'en Guyenne, comme partout ailleurs du reste, les magistrats déployèrent un zèle ardent pour l'extirpation de l'hérésie. C'était déjà pour eux une mission périlleuse que d'avoir à rechercher et à punir des dogmes qui blessaient leurs propres croyances. Devenus en quelque sorte, et comme à leur insu, juges et parties, combien ne leur serait -il pas difficile de conserver dans ces sortes d'affaires l'impassibilité sans laquelle il n'y a pas de justice! » (').
L'époque était arrivée où le parlement de Guyenne, par de sanglantes ordonnances rendues contre des malheureux qui n'avaient commis |d'autre crime que de lire la Bible, d'assister à des réunions religieuses ou de chanter des psaumes, allait faire mentir le vieux dicton rapporté par Bonaventure Des Périers, le spirituel valet de chambre de la reine de Navarre.
L'auteur du Cymbalum mundi cite dans ses Nouvelles recréations le jugement que portait de son temps l'opinion publique sur les quatre grands parlements de France : « Rigueur de Toulouse, humanité de Bordeaux, miséricorde de Rouen, justice de Paris; bœuf sanglant, mouton bellant et porc pourry, le tout n'en vault rien, s'il n'est bien cuit » (2).
Nous verrons dans les chapitres suivants ce que valait « l'humanité de Bordeaux. »
C1) Histoire du Parlement de Bordeaux (Bordeaux, 1877), p. 45 et 46. (-) Bonaventure des Périers, édit. de P.-L^ Jacob, Paris 1858, p. 213.