‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 30 sur 310 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le procureur général appelle la rigueur du Parlement sur les religieuses de plusieurs couvents (1341). — Le curé d'Ambarès est poursuivi comme hérétique. — Jean Joyau et Pierre Faguet sont brûlés devant le palais île l'Ombriere (1541). — Exil et condamnation de Jean de Pomiers. — Ordre rigoureux de François Ie'' concernant les prisonniers pour crime d'hérésie. — L'œuvre des instituteurs à Tonneins, Agen, Villeneuve, Bordeaux et Sainte-Foy. — Arrestation, procès et supplice d'Aymon de la Voye. — Sa constance et son admirable fermeté. — Protestation des écoliers du Collège do Guyenne.

On ne saurait, à moins de fouiller les documents originaux, se faire une idée tant soit peu exacte de l'état de relâchement dans lequel étaient tombés les mœurs et la discipline de la plupart des couvents d'hommes ou de femmes à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième. Çà et là, quelques religieux, guidés par une irrésistible vocation ou par un sentiment de piété fort respectable, bien que mal éclairée, se consacraient encore à la vie contemplative; mais un grand nombre ne semblaient prononcer des vœux que pour vivre dans la fainéantise, l'ivrognerie et la débauche. Les documents abondent pour prouver la vérité de cette assertion; quelques-uns sont d'une crudité de détails qui n'en permet guère la reproduction; c'est du naturalisme au premier chef.

Citons, par exemple, un curieux manuscrit sur parchemin que nous avons sous les yeux. C'est le résultat d'une enquête ordonnée par le grand sénéchal de Limousin dans l'abbaye de Vallette, qui appartenait à l'ordre de Citeaux. Les dépositions des témoins et l'interrogatoire des moines dépassent en détails licencieux tout ce qu'on peut imaginer. L'abbé de ce monastère, Claude de Doyac, dont le nom figure dans le Gallia Christiana, avait fait de la maison de prières dont

il avait la direction un véritable lupanar. 11 fallait à ce prêtre indigne, car il avait reçu les ordres majeurs, des raffinements d'érotisme. Une mère vient raconter devant les commissaires chargés de l'enquête les tentatives de viol commises par ce misérable sur sa fille, âgée de douze à treize ans, qu'il avait introduite dans son monastère, où les femmes étaient en permanence (1). Nous ignorons à quelle peine il fut condamné.

Le 17 novembre 1531, le Parlement de Bordeaux chargeait l'un de ses membres, le conseiller Arnoul, de « faire inquisition sur la façon de vivre des religieux de l'abbaye de Benne » (2). En mai 1534, il rendait une ordonnance contre les abominables scandales du couvent de Saint- Yriex.

Cinq ans après, à l'époque où nous sommes arrivés dans le précédent chapitre, les choses n'avaient guère changé, car nous voyons le procureur général dénoncer à la Cour « les abbaijes de Tescaille, de Sablonceaux et de Pleine- Selve, dont les religieux mènent une vie vagabonde et dissolue; qui, au lieu d'aller au service divin, vont nuit et jour piller, vagabonder et paillarder par les lieux voisins de leur abbaye, portant hamoys et arbalcstes » (3).

On voudra bien convenir qu'il y avait là quelque chose à faire et que la Réformation, en éclatant au seizième siècle,

(*) Arch. municipales de Bordeaux, série GG: «Informations secrètement faictes par nous Anthoine Alpays et Jehan de Lanetz, notaires royaux en Limosin, comisseres en ceste partie, dépputés par honorable homme Messire Jehan Rigal licencié en loix, lieutenant de noble et puissant seigneur, Monseigneur le seneschal de Limosin en ses sièges de Brive et Userche, à la instance et requeste de honorable homme le procureur du Roy es dicts sièges de Brive et Userche à rencontre de Messire Glande de Doyac, prebstre, soy-disant abbé de l'abbave de Vallete, ordre de Cisteaulx, de et sur certaines forces, vioulences, ravissemens et forcemens de femmes, etc.. » Manuscrit, sur parchemin de 30 feuillets dans l'état actuel ; jadis il en comptait davantage.

(s) Arch. municipales de Bordeaux, mss. Extrait des registres secrets. « Saint-Étienne-de-Benne, Beania, ordinis Benedicti, monasterium in pago Engolismensi et diocesi santonica, non longé ab oppido Barbezillensi, fundatum a Carolo magno. » (Gallia christ., t. II, p. 1118.)

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, parlement, Arrêts, reg. 2i. — « Beata Maria de Sabloncellis, ordinis sancti Augustini e congregatione Gancellata1, fundatorem habere gloriatur Guillelnmin Aquitania1 ducem, etc. » (Gallia christ., t. II, p. 1131.) Sablonceaux est situé sur le bord de la Seudre, près de l'embouchure de cette petite rivière. — « Plana-Sylva, tilia Pnemonstrati ». Pleine-Selve on Plèneselve, dans l'archiprêtré île Blaye, au diocèse de Bordeaux.

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