‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 31 sur 310 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

rendit au moins ce service à l'Église romaine de la forcer à introduire dans les couvents une discipline plus sévère et à mettre un terme à des abus scandaleux.

Le clergé régulier n'était pas seul à attirer l'attention du Parlement de Guyenne. Quelques membres du clergé séculier, soit à Bordeaux, soit ailleurs, avaient donné leur adhésion aux idées nouvelles et prêchaient ouvertement les dogmes luthériens. De ce nombre était le curé d'Ambarès(1).

Arrêté comme blasphémateur et comme hérétique, il fut conduit à Bordeaux et incarcéré. Pour subvenir aux frais du procès, la Cour décida « que les fermiers de la cure d'Ambarès » verseraient au greffe la somme de cent écus (2). Nous ignorons quelle fut l'issue de cette affaire.

Presque à la même époque un jeune gentilhomme, Jean de Pomiers, accusé d'avoir proféré des paroles hérétiques, fut jeté dans les prisons du palais de l'Ombrière. Peut-être à cause du nom qu'il portait, le Parlement, prétextant son extrême jeunesse, crut devoir user d'indulgence; il se contenta de l'envoyer en exil, après toutefois qu'il eut fait amende honorable et abjuré publiquement (3).

Deux malheureux artisans, nommés Jean Joyau et Pierre Faguet, n'eurent pas cette bonne fortune : condamnés le 26 juillet « comme blasphéinateurs et comme ayant outragé la religion et la foi», ils furent traînés sur une claie par les faubourgs de Bordeaux. Conduits le lendemain devant la cathédrale, ils se virent contraints à demander pardon à Dieu, au Boi et à la Justice d'avoir renié l'Église romaine. Cette cérémonie terminée, on les conduisit devant le palais de l'Ombrière, où les attendait une foule immense, avide de les voir monter sur le bûcher. Ils furent brûlés vifs et leurs corps réduits en cendres (■*).

(*) La Grava d'Ambarès, corruption des mots La Grave en Barès; le Barès était autrefois le nom d'une petite circonscription territorale, voisine de Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne.

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 24.

(') Idem, ibidem.

(4) Idem, ibidem, 20 juillet 1541.

Quelle fut l'impression causée sur l'assistance par cet horrible spectacle? Il est facile de le deviner : « En ce pays, dit un auteur contemporain de François Ier, le commun du peuple estime qu'il n'y a pas de gens plus médians et plus criminels que les hérétiques, et ordinairement, tandis qu'ils sont en proie aux flammes du bûcher, le peuple autour d'eux s'agite avec frénésie et les maudit même au milieu des tourmens. »

Gomment, en Guyenne, le vulgaire ignorant, rude et cruel par nature, aurait-il pensé différemment? Les hommes placés au-dessus de lui, ceux qui étaient chargés de l'instruire, de le moraliser et même de le gouverner, lui disaient : « Il n'y a rien de pire qu'un hérétique! » En veut-on la preuve immédiate?

Le 28 décembre de cette même année 1541, François Ier ayant besoin de rameurs pour les galères commandées à Marseille par le capitaine Michel de La Maison, s'adresse au parlement de Bordeaux. Il lui donne l'ordre de lui envoyer deux cents criminels pris à la conciergerie du Palais, parmi les condamnés à mort et autres prisonniers qui devaient subir quelque «grande peine corporelle». Mais il a soin d'ajouter : « excepté ceulx qui auront commis l'hérésie ou crime de leze-Majesté et autres grans et énormes cas » (*)!

Aux parricides, aux voleurs, aux assassins, le roi-chevalier faisait grâce de la vie; il leur accordait cette insigne faveur de ramer sur ses galères; mais les misérables qui, par conviction, par entraînement, ou peut-être simplement par attrait de la nouveauté, avaient abandonné la messe pour assister à des réunions de prière et lire la Bible, ne méritaient aucune commisération, aucun adoucissement à leur peine ; à ceux-là, François Ier réservait la torture et le bûcher.

Les progrès inquiétants de la Réforme à Bordeaux et dans la Basse -Guyenne contribuaient d'ailleurs à rendre le roi plus cruel pour les novateurs, et nous n'allons pas tarder

(4) Ancii. départementales de LA Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des éjdits, reg. 31, f° 140.

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