CHAPITRE IV
%u Roy et à Justice, et, ce faict, estre mené sur le foussé îe Sainct-Éliège et illec estre bruslé et son corps mis °m cendre par l'exécuteur de la haulte justice » (2).
Un fait singulier prouve combien les nouvelles doctrines préoccupaient les esprits à cette épocpie : les présidents et quelques conseillers désirèrent, avant de l'envoyer à la mort, l'interroger sur différents points de la religion, et en particulier sur la Cène. Aymon de La Voye répondit à leurs questions avec l'enthousiasme d'un chrétien qui voit s'approcher l'heure de la délivrance. Au sortir de sa prison, il sntonna le psaume 144, et ne cessa de le chanter jusqu'à son dernier souffle de vie.
Il fut étranglé et brûlé sur cette partie du cours des Fossés qu'on appelait, au seizième siècle, place de l'Échofaut-neuf (3), près de l'Hôtel de Ville, dont il ne reste plus aujourd'hui que deux tours, sur les six qui existaient alors. Le Collège de Guyenne était par conséquent très voisin du lieu de l'exécution. Nous avons dit que iéjà, à cette époque, les nouvelles doctrines y étaient en *erme; le sang qui venait d'être versé servit à les faire fructifier.
Le lendemain du jour où Aymon de La Voye subit le martyre, au même poteau où il avait été attaché, fut trouvé un écriteau, cloué pendant la nuit, dans lequel on exaltait le jeune évangéliste, tout en flétrissant ses bourreaux.
Plusieurs écoliers qui demeuraient sur les fossés Saint- Éloi et suivaient comme externes les cours du collège, furent soupçonnés d'être les auteurs de cet écrit et arrêtés
Sans doute leur innocence fut reconnue, ou peut-être chercha-t-on à étouffer l'affaire, car ils furent relâchés. On ne conserva sous les verrous qu'un pauvre diable employé
Saint-Eloy.
(s) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 24. (') La place ou le carrefour de l'Échafaut-neuf était comprise entre les Fossés des Carmes et les Fossés des Tanneurs.
(*) E. Cavllieir, Histoire du Collège de Guyenne, p. 1G2.
au Collège de Guyenne comme serviteur, et qu'on remit entre les mains du principal, André de Gouvéa (1).
Le malheureux fut passé par les verges, et l'affaire en resta là (2).
C1) M. Alphonse de Ruble, t. Ier, p. 250, hésite mal à propos entre les prénoms d'André ou d'Antoine de Gouvéa; deux lignes plus bas il confond, de nouveau, les deux frères, également célèbres au seizième siècle dans le monde de renseignement, mais à des titres bien différents; l'un comme chef d'institution, l'autre, Antoine, comme professeur et peut-être encore davantage comme brillant orateur. C'est ce dernier, et non pas le principal du Collège de Guyenne, qui soutint contre l'infortuné Ramus la lutte oratoire qui eut un si grand retentissement. Voyez chap. II, p. 24 et 25. Ces petites erreurs de détail ne diminuent en rien la haute estime que nous avons pour le beau livre de M. de Ruble : Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, qui complète si bien les belles publications antérieures de cet historien.
(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, Anvers 1580; t. I", p. 27.