CHAPITRE V
L'archevêque Charles de Gramont stimule la tiédeur du Parlement. — Offre d'une partie de sa fortune pour combattre l'hérésie. — Lettres-patentes du 28 juin 1542 relatives aux luthériens bordelais. — Création d'une Chambre spéciale pour les procès d'hérésie. — Religionnaires de Sainte- Foy condamnés au bûcher. — Cérémonie expiatoire. — Poursuites dirigées contre des laïques ou des prêtres accusés d'hérésie, à Pellegrue, à Coudom, à Sou lac, à Créon, etc. — Paul Denserville, écuyer, brûlé vif à bordeaux, devant le palais del'Ombrièré. — Arrestation de François do Séjneldnges Bt d'BIie de La Valade. — Les évêques du diocèse do Bordeaux taxes par arrêt du Parlement. — Dégradation et condamnation du prêtre Guillaume boyer. — Arrestation et procès d'André Molanchton. — Intervention de Marguerite de Navarre. — Arrivée de cotte princesse à Bordeaux, en compagnie de l'évêque Gérard Roussel. — Rôle do Scaliger dans cette affaire.
Ainsi les auto-da-fé se multipliaient : le peuple s'habituait à ce spectacle et y prenait goût. Ce n'était pas assez cependant, puisque l'archevêque Charles de Gramont, implacable ennemi de la Réforme, accusait tout haut la tiédeur du Parlement et lui offrait une partie de sa fortune pour l'aider à combattre plus énergïquement l'hérésie, dont il n'était plus possible de se dissimuler les progrès. Il allait trouver dans le roi lui-même un puissant auxiliaire.
Le 28 juin 1542, François Ier adressait au Parlement ses « lettres de commission pour cognoistre des luthériens de Bourdeaulx et de Bourdelois », en vertu desquelles il instituait, pour juger les procès d'hérésie, une chambre spéciale, composée des trois présidents François de Belcier, Jean de Calvimont et René Brinon, assistés des neuf conseillers (') Gabriel de Alis, Léonard Amelin, Raymond Balavoine, Pierre de Bouchier, Guillaume Boyer, Etienne
(!) C'est par erreur que M. Boseheron des Portes parle de onze conseillers, p. 51 ; les lettres royales n'en nomment que neuf, énumérés ci-dessus. Voyez Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des éclitSf reg. 31, f° 171.
Eymar, Pierre Lavergne, Pierre de Valier et Guillaume Vergoing.
Ordre est donné à chacun des trois présidents, en l'absence des deux autres, de se transporter dans les différentes villes du ressort de la Cour, en compagnie d'un certain nombre de commissaires, et d'y faire le procès aux « fauteurs ou adhérents des doctrines luthériennes ». Ils procéderont jusqu'à sentence définitive inclusivement; cette sentence aura la même valeur que si la Cour tout entière l'avait prononcée.
Le préambule des lettres royales mérite d'être rapporté.
« Comme nous ayons esté advertis, dit François Ier, que en nostre dicte ville de Bourdeaulx et pays de Bourdelois se trouvent pour le jourd'huy plusieurs personnaiyes maculés de ces malheureuses et damnées erreurs et sectes luthériennes, lesquels, par succession de temps, pourroient gaster et infecter les autres et introduire en ?iostî*e royaulme beaucoup de fausses doctrines contraires à nostre saincte foy catholique, s'il n'y estoit par Nous promptement pourvu... ordonnons, etc. » (1).
Stimulé par le roi d'une part, aiguillonné de l'autre par l'archevêque, le Parlement dirige des poursuites contre un grand nombre de personnes dans les diverses villes de son ressort. Les condamnations succèdent aux condamnations; quelques-unes déjà prennent un caractère de cruauté qui fait frémir et laisse entrevoir ce que sera la période suivante.
François La Johannie de Sainte -Foy, Giron Cartier et Jehan ne sa sœur, tous trois de la même ville, et fort heureusement contumaces, sont condamnés comme hérétiques « à estre bruslés vifs; mais, distinction cruelle, Giron sera brûlé « a petit feu en la place publicque de Saincte- Foy » (*).
0 Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édits, reg. 31, f° 171.
(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 24.