CHAPITRE V
Une croix de pierre y sera élevée avec le produit des amendes frappées sur les condamnés et dont le montant s'élève à 1,700 livres, somme considérable qui représente plus de 22,000 francs d'aujourd'hui. L'arrêt porte qu'une partie de cet argent sera consacrée « à faire célébrer ung office solempnel avec procession générale en la ville de Saincte-Foy, à l'honneur du Sainct- Sacrement » (1).
Les poursuites judiciaires, les informations se multiplient sur tous les points dans le ressort du Parlement de Guyenne.
Un officier de la juridiction de Pellegrue, Jean Delaunay, îst incarcéré pour avoir dit qu'il n'y avait point de purga- ;oire (26 mai). Ordre est donné au lieutenant particulier iu sénéchal d'Agenais à Condom, de terminer promptement es informations relatives aux hérétiques. A La Sauve et à >éon, des ecclésiastiques sont mis en état d'arrestation : Benoit Alyret, Jean Galvin, Raymond Desvergnes, etc. 1er septembre).
A Bordeaux, Paul Denserville, écuyer, né en Normandie, < convaincu de blasphème, séditieux et perturbateur de la roy, est condamné à être traîné sur une claie devant l'église Saint- André », et là, devant la foule assemblée, à faire imende honorable, déclarant que « contre Dieu et vérité » 1 a proféré les paroles rapportées au procès (2) (7 octobre).
De là, soutenu par un dominicain nommé frère Rosier mi F « exhortait et l'admonestait » (3), il fut conduit devant e palais de l'Ombrière, où le bûcher l'attendait. L'antique iemeure des ducs de Guyenne allait en voir brûler bien î'autres.
Trois semaines auparavant, le 19 septembre, un autre gentilhomme, François de Sénelanges, avait aussi, comme îérétique, été décrété d'accusation. Il suffisait d'une parole
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, •eg. 24. (2) Idem, ibidem.
(s) « La Cour fait délivrer au frère Rosier, dominicain, deux écus, pour avoir ;xhorté et admonesté des prisonniers accusés d'hérésie et condamnés à mort. » ifoyez Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, •eg. 2i.
légère, d'un propos qui eût l'air de critiquer les croyances établies par la cour de Rome, pour être décrété d'accusation. Un procureur, nommé Me Élie de La Valade, avait eu l'imprudence de dire que les cierges n'étaient d'aucune utilité pour le salut des âmes, qu'il serait plus sage de les vendre et d'en distribuer le prix aux pauvres; que, quant à lui, il ne voulait pas de messe après sa mort. Arrêté sur-le-champ, ce libre penseur se vit condamné, le 4 octobre, à faire amende honorable et à se rétracter.
Tous ces procès coûtaient fort cher; qui donc allait en faire les frais? L'édit du 28 juin 1539 les mettait à la charge des évêques. Le Parlement résolut de s'appuyer sur cette ordonnance royale. Après en avoir conféré avec Charles de Gramont, primat d'Aquitaine, il décida que les dépenses occasionnées par des poursuites dirigées contre « les auteurs ou propagateurs de doctrines réprouvées, contraires à la foi de l'Église catholique, seraient supportées par les prélats diocésains.
L'archevêque de Bordeaux et l'évêque de Bazas qui, de leur propre mouvement, avaient déjà versé des sommes importantes pour l'extinction de l'hérésie, ne furent cotés qu'à 50 livres chacun; l'évêque d'Agen à 70 livres; celui de Condom à 50 écus comme son collègue de Sarlat; l'évêque de Limoges à 60 écus; celui de Saintes à 70; les évêques d'Aire et de Dax à 50 livres; enfin, l'évêque de Bayonne à 40 livres seulement (').
Il va sans dire que chacun de ces prélats avait son recours contre ceux des condamnés qui appartenaient à son diocèse. Il fallait bien rentrer dans ses débours.
Quelques-uns de ces procès intéressaient d'ailleurs le clergé d'une manière toute particulière ; nous voulons parler de ceux où figuraient comme accusés quelques-uns de ses membres.
Une affaire de cette nature, mais d'une gravité vraiment
(!) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 24.