‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 36 sur 310 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

exceptionnelle, préoccupait à la fois le Parlement, la cour diocésaine et le clergé tout entier.

Un prêtre, nommé Guillaume Boyer, pourvu par le roi d'un siège de conseiller, venait d'être dénoncé comme hérétique au tribunal de l'oflicialilé diocésaine. Circonstance aggravante et véritablement monstrueuse aux yeux des fanatiques, ce conseiller faisait lui-même partie de la chambre criminelle récemment chargée de la poursuite des luthériens, en vertu des lettres royales du 28 juin 1542! (1).

On redoutait le scandale énorme qu'allait évidemment causer cette déplorable découverte, mais il n'y avait pas à reculer; pour sauver le corps tout entier, il fallait, sans hésitation et sans retard, sacrifier le membre gangrené.

Bien que la plupart des documents relatifs à cette affaire n'existent plus, les indications qui nous restent sont plus que suffisantes pour y voir clair.

Deux vicaires de l'archevêché, MM. de Caldenet et Balsac, qui en outre appartenaient au Parlement comme conseillersclercs, furent chargés par Charles de Gramont d'instruire l'affaire.

Guillaume Boyer, prêtre, reconnu sur leur rapport coupable du crime d'hérésie, fut condamné par la Cour de l'official «à être dégradé», c'est-à-dire dépouillé publiquement des ordres majeurs. (

Trois conseillers, MM. de Alis, Léonard Amelin et Bergoing, accompagnés d'huissiers en nombre suffisant, furent députés par la Cour pour assister à cette triste cérémonie dans la cathédrale Saint -André (2). Au sortir de l'église, Boyer, remis entre les mains du pouvoir séculier, fut brûlé vif, en vertu de la condamnation prononcée par ce dernier (3).

(1) Voyez p. 63.

(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, rnss. 367 et 370 (4 août).

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Arrêts, reg. 24. Voyez aussi : Brives-Cazes, Le Parlement de Bordeaux et la Cour des commissaires de 4549, p. 83, et Bosciieron des Portes, Histoire du Parlement de Bordeaux.

La cruelle sévérité déployée par le Parlement, stimulé par l'archevêque Charles de Gramont, rencontrait cependant quelquefois des obstacles inattendus. Quelques-uns de ses membres, en très petite minorité, penchaient vers l'indulgence. En outre, la reine de Navarre usait de toute l'influence que lui donnait la tendre affection de son frère, François Ier, pour agir auprès de la Cour de Bordeaux et lui arracher quelques victimes.

Elle avait auprès d'elle l'un des premiers disciples de Lefebvre d'Étaples, le timoré Gérard Roussel, dont elle avait fait son aumônier. Nommé par elle évêque d'Oloron et pourvu de l'abbaye de Clairac (*), le digne homme était tout dévoué aux intérêts de sa royale protectrice, et depuis 1539 faisait pour elle de fréquents voyages à Bordeaux.

La Réforme avait envahi de bonne heure le duché (2) d'Albret, qui relevait judiciairement du Parlement de Guyenne. Il y avait donc, parmi les prisonniers détenus à la Conciergerie pour crime d'hérésie, un certain nombre de personnes originaires du Béarn et de la Navarre.

Marguerite, désirant les sauver, réussit à obtenir de son frère l'évocation de leur procès au Conseil privé. C'était dépouiller le Parlement d'une partie de ses droits, et celui-ci s'en montra blessé.

Le 12 mai 1542. Me Richard Duplessis, avocat de la reine de Navarre, se présentait devant les chambres assemblées pour y donner lecture d'une lettre adressée à cette princesse par son frère. François Ier fixait lui-même le genre de punition à infliger aux hérétiques navarrois.

Les sacramentaîres, c'est-à-dire ceux qui avaient nié ou attaqué le dogme de l'Eucharistie, devaient être frappés d' « une punition corporelle. »

Les dogmatisants, ou si l'on préfère les évangélisateurs, devaient abjurer publiquement leurs erreurs.

(*) Clairac sur le Lot en Agenois, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Marmande (Lot-et-Garonne). Les ruines de l'abbaye existent encore.

(!) Voyez par exemple, aux Arch. départementales de la Gironde, les minutes des notaires Debelval (1S4-1) et Guinier (301 — 1 et 2.)

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