‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 39 sur 310 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'archevêque Charles de Gramont se rend au Parlement pour réclamer une plus grande sévérité contre les luthériens (20 juin 1543). — Excès fâcheux de quelques religionnaires: bris des statues de la chapelle Saint-Jean; empêchement mis à la sonnerie des cloches (avril 1544). — Saisie de livres à l'index (2 mai). — Exécutions capitales. — Mort du premier président F. de Belcier (décembre 1544). — François Delago, envoyé de Paris, lui succède. — Nomination do deux conseillers luthériens. — Opposition du Parlement. — Plaintes portées contre le clergé séculier (1545). — La Cour le rappelle au sentiment de ses devoirs. — Elle cite à sa barre les supérieurs des couvents. — Prescriptions relatives aux prédications catholiques. — Le bénédictin Jean Bouchier poursuivi comme hérétique. — Progrès de la Réformation en Guyenne (1545). — Jehan Bernède, instituteur à Agon, est arrêté pour la seconde fois. — Il est traîné par les rues, étranglé et brûlé (1546). — Affreux supplice de Jehan Malhort.

Nous avons affirmé, dans le chapitre précédent, que l'activité déployée par le Parlement de Guyenne dans la poursuite des hérétiques et la sévérité des condamnations prononcées contre eux, ne réussissaient point à satisfaire les rancunes du clergé, ni sa haine contre les sectaires. Aussi ivait-il, à diverses reprises, essayé d'exercer directement une pression sur les décisions de la Cour.

Il agissait avec d'autant plus de hardiesse que l'élément ecclésiastique qui entrait dans la composition du Parlement venait de prendre une bien plus grande importance. Un édit royal du 11 janvier 1542 (') avait créé quinze nouvelles charges de conseillers, parmi lesquelles figuraient sept oflices de conseillers-clercs. En outre, un homme d'église, M. de Lavie, avait été autorisé par le roi à siéger, malgré sa tonsure, comme conseiller-lai (2).

Voici d'ailleurs un document d'une importance capitale

(*) C'est-à-dire 11 janvier 1543 (nouveau style).

(2) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement, Enregistrement des édits. Lettres-patentes du 20 février 1541.

et fort explicite, qui ne laisse aucun doute sur la vérité de nos assertions au sujet du rôle joué par le clergé dans le Sud-Ouest, à l'époque des persécutions religieuses.

« Le 20 juin 1543, nous disent les Registres secrets, l'archevêque de Bordeaux a remontré à la Cour que « les désordres et l'audace des luthériens dans son diocèse » allaient toujours croissant. « Ceux qui n'osaient autrefois qu'en cachette avancer des propositions hérétiques, à présent les 2)reschoient publiquement. Ces désordres provenaient, selon lui, « de ce que les poursuites et la punition exemplaire » réclamées par ces actes coupables n'étaient pas suffisamment rigoureuses. »

Il ajouta qu'à son avis il était indispensable de députer quelques conseillers vers le roi, afin de connaître exactement les intentions de Sa Majesté, suppliant la Cour de n'épargner ni lui ni ses biens, ni ceux « des autres prélats de son ressort pour les frais du voyage » .

Il raconta d'ailleurs la récente entrevue qu'il avait eue à Angoulême avec François Ier, dans laquelle ce prince, en présence de MM. de Saint-Pol, du cardinal de Tournon et du président Montholon, lui avait dit qu'il entendait qu'aucun « sacramentaire » (') ne fût admis à abjurer, mais qu'il fût «puni de mort ». Le roi, dit-il, veut que la même peine soit prononcée contre les prêcheurs évangélisateurs ou « dogmatisans » .

Ceux-là seulement qui auront avancé contre la foi « quelques propositions malsonnanles » seront admis à abjurer; mais s'il était prouvé qu'ils ont, depuis leur rétractation, tenu « de semblables propos », ils seront «punis comme relaps ».

Enfin, Charles de Gramont, pour enlever aux membres du Parlement toute inquiétude au sujet de la limite des pouvoirs de la Cour, leur rapporta la conversation qu'il avait eue avec Lizet, premier président au Parlement de Paris.

Consulté par l'archevêque de Bordeaux au sujet de la

(!) On nommait sacramentaircs ceux qui attaquaient les sacrements reconnus par l'Église catholique et en particulier l'Eucharistie.

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