‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 40 sur 310 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

compétence respective du pouvoir séculier et des ecclésiastiques, ce magistrat lui avait dit : C'est aux prélats à déclarer si telle ou telle proposition est ou non orthodoxe, mais la question une fois tranchée par eux, c'est aux juges séculiers à poursuivre les accusés et à « les punir corporellement », non-seulement comme hérétiques, « mais comme séditieux et perturbateurs de la république »

Ainsi, des malheureux dont le seul crime était de nier quelques-uns des dogmes de l'Église romaine, étaient poursuivis comme dangereux pour la sécurité du royaume et comme séditieux. Cette confusion, véritablement inique, avait pour but d'habituer les masses à considérer les réformés comme des criminels d'État.

On le voit, tous les moyens étaient bons pour combattre l'extension des idées nouvelles.

Il faut reconnaître que, de leur côté, les luthériens manquaient quelquefois de prudence et commettaient des actes répréhensibles. A côté d'hommes véritablement pieux et sincèrement convertis, il s'en trouvait d'autres plus violents que le spectacle des supertitions catholiques et des turpitudes cléricales poussaient à des excès fâcheux.

Certains d'entre eux, s'appuyant sur le deuxième commandement du décalogue : Tu ne te feras aucune image taillée, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans le ciel. . . tu ne te prosterneras point devant elles et ne les serviras point, avaient brisé « les bras et les jambes » aux « images » ou statues de la chapelle Saint-Jean. D'autres avaient empêché les sacristains et marguilliers de certaines églises « de sonner les cloches » (2).

En toute hâte, le 19 avril 1544, c'est-à-dire le jour même où la nouvelle des méfaits parvint au Parlement, deux conseillers, Mes Alis et Gautier, furent désignés pour procéder à une enquête contre les coupables.

(*) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, mss. 367 et 370.

(2) La rue de la chapelle Saint-Jean existe encore aujourd'hui, Les statuaires s'appelaient alors des imagiers.

Trois semaines plus tard, le 2 mai, la Cour, informée par le chanoine de Brassac, président de la Chambre des enquêtes, que les livres mis à l'index circulaient audacieusement dans la ville, délègue deux autres conseillers pour faire un rapport sur cette grave question et leur adjoint quelques religieux de l'ordre de Saint-Dominique (').

Au nombre des livres saisis figurait un remarquable pamphlet publié par Calvin l'année précédente et qui naturellement avait obtenu dans toute la France un immense succès. Il portait pour titre : « Traicté des reliques ou advertissement très utile du grand profit qui reviendrait à la chreslienté s'il se faisoit un inventaire de tous les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France » (2).

Peu de livres ont aidé davantage à ridiculiser les superstitions de l'Église romaine.

Tous ces faits causaient une grande irritation parmi les ennemis de la Réforme et justifient cette sinistre mention inscrite par le conseiller Jean de Gaufreteau dans sa Chronique bourdeloise, à la date de 4544.

« En cette année, plusieurs accusés et convaincus de tremper dans l'hérésie du Luther et qui, à cause de ce, estoyent appelés luthériens, sont condemnés et exécutés à mort dans la ville de Bourdeaux » (3).

Le décès du premier président François de Belcier, survenu le 30 décembre 1544, fut loin d'apporter quelque adoucissement à ces monstrueuses exécutions. Il fut remplacé dans le poste éminent qu'il occupait par un magistrat emprunté au Parlement de Paris, François Delage, « homme sanguinaire et persécuteur », nous dit Théodore de Bèze, et de plus « grand amy des Cordeliers »

Marguerite de Navarre avait bien essayé de renforcer au Parlement le parti de la tolérance par l'adjonction de deux

(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 3G9, t. Ier, p. 101.

(2) Genève, J. Gérard, imprimeur, 1543, un vol. in-8°; réimprimé dans la même ville en 1599.

(3) Bordeaux, Ch. Lefebvre, éditeur, 2 vol. grand in-8°, t. Ier, p. 70. (') histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 29.

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