CHAPITRE VI
nouveaux conseillers, l'avocat Charles de Candeley, ancien sous-maire de Bordeaux en 1535, et Jean Dupont, avocat à Condom. Mais le procureur général avait refusé de sanctionner leur nomination.
L'un et l'autre, en effet, passaient à juste titre pour de fort mauvais catholiques, pour ne pas dire davantage.
L'affaire du premier, nettement accusé d'hérésie, fut évoquée au Conseil privé et mise de côté pendant de longues années. Quant à Dupont, il fut établi, sur la déposition du conseiller Jean d'Alesme, qu'en 1539 il avait été cité devant l'évêque de Condom pour « quelques légères paroles touchant les constitutions de l'Église ».
François Ier, à qui Dupont avait prêté 2,000 écus pour ses préparatifs de guerre, donna l'ordre de passer outre et de le recevoir au nombre des conseillers, assurant qu'il avait fait une « abjuration secrète devant l'évêque de Condom ou son vicaire »
Il serait difficile de trouver dans l'histoire un prince plus inconséquent que le fils de Louise de Savoie, et dont les actes présentent de plus étranges ou de plus audacieux contrastes.
A l'époque où il contraignait le Parlement de Bordeaux à recevoir au nombre de ses membres un homme qu'il savait pertinemment être acquis à la Béforme, il autorisait son « amiral du Levant » , le fameux baron de Lagarde qui venait d'arriver à Bordeaux avec six galères, à prendre pour rameurs tous les condamnés à mort qui se trouvaient dans les cachots de la Conciergerie, « quelqii 'énormes crimes qu'ils eussent commis et perpétré, hormis toutefois celui d'hérésie! » (2) (14 décembre 1544).
Nous avons vu des faits identiques se passer trois ans plus tôt.
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement, Enregistrement des édits royaux, reg. 31, f° 148.
(2) Idem, ibid. reg. 32. Antoine Escalin, dit Polain, baron de Lagarde, l'un des chambellans ordinaires du roi. Ce Polain ou Poulin était un paysan dauphinois qui, de simple goujat, devint capitaine des gens de pied, puis [tins tard banni de la Garde et général des galères. En '154 1 , il tut chargé par François Ier d'une mission secrète pour Soliman-le-Magnifique.
L'année 1545 commença sous les plus fâcheux auspices : la maladie contagieuse qui faisait périodiquement son apparition à Bordeaux tous les six ou sept ans, recommençait à exercer ses ravages. On l'appelait fort improprement la peste, et grand nombre de gens ignorants et fanatiques la considéraient comme une punition du ciel provoquée par les crimes de la terre ('). De là à sévir contre les hérétiques il n'y avait qu'un pas.
D'autre part, le relâchement du clergé romain avait résisté à tous les appels. D'après les décrets et concordats, chaque chanoine était tenu de donner régulièrement des leçons de théologie; ces décrets étaient pour eux lettres closes. Aussi le procureur général fut-il obligé de remontrer à la Cour « que les chapelains, prébendiers, bénéftciers et suppôts des églises métropolitaines ne tenaient aucun compte » de ces prescriptions (2).
Voilà donc le Parlement s'immisçant fort mal à propos dans les questions de discipline ecclésiastique.
Bien plus, il se constitue le défenseur de l'orthodoxie romaine, appelle à sa barre les pères gardiens de tous les couvents de Bordeaux, augustins, franciscains, frères prêcheurs, chartreux, frères de la Merci, cordeliers, bénédictins ou autres, et leur défend de présenter à l'avenir comme prédicateurs des religieux dont la vie, les mœurs et la doctrine ne seraient pas irréprochables.
Il les somme d'avertir ceux-ci que s'ils ont connaissance d' « aucune chose dite ou proposée contre la foy et la religion », leur devoir est d'en avertir immédiatement l'archevêque de Bordeaux ou son vicaire.
Défense leur est faite de « traiter et discuter aucunes propositions réprouvées et scandaleuses contraires au contenu des actes envoyés au Roy par les doyens et docteurs de la Faculté de théologie à l'Université de Paris», actes
(!) Nous en avons indiqué les causes toutes naturelles dans les premières pages de ce livre.
(2) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 26.