CHAPITRE VI
confirmés par l'édit royal du 23 juillet 1543 (') et par les prescriptions du 7 juillet 1544, plus spéciales au diocèse de Bordeaux.
C'est le 18 novembre 1545 que les supérieurs des couvents recevaient de la Cour ces importantes et sévères recommandations, mais le mal était déjà presque sans remède. Un grand nombre de moines et d'écclésiastiques sérieusement convertis, bravant les persécutions, la torture et la mort, affichaient hautement leurs croyances nouvelles. C'était le cas de Jean Bouchier, religieux de l'ordre de Saint-Benoît, poursuivi pour crime d'hérésie.
Le 7 décembre deux hommes d'église, tous deux conseillers clercs, Mes François de Caldenet et Gaillard de Lavie, furent nommés commissaires pour commencer une enquête sur cette affaire (2).
Le mal s'étendait d'ailleurs bien au delà des limites de la sénéchaussée de Bordeaux; le Périgord, l'Agenais, la Saintonge, les Landes, tout le ressort du Parlement était déjà fortement gangrené.
Nous avons signalé les premières traces de la Béformation dans la ville d'Agen, en 1538, et raconté succinctement les efforts de Sarrazin et de Jehan Bernède. Le dernier de ces deux instituteurs, on se le rappelle, incarcéré par ordre du tribunal diocésain, avait abjuré pour sauver sa tête (3).
Mais depuis cet instant sa conscience n'avait cessé de lui reprocher cette faiblesse. Aussi n'avait -il pas tardé à reprendre le cours de ses enseignements évangéliques auprès des jeunes gens qu'il était chargé d'instruire.
Arrêté de nouveau par ordre de l'official d'Agen, il fut traduit pour la seconde fois devant le tribunal diocésain et déclaré « relaps et hérétique » , le 21 octobre 1545.
(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 369, Extrait des registres secrets, t. Ier, f» 218.
O Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Arrêts, reg. 26.
(3) Voyez chapitre II, p. 39.
Le Parlement de Bordeaux ne pouvait se dispenser de sévir, puisque les ordres de François Ier étaient formels au sujet des récidivistes après abjuration; il condamna le malheureux instituteur à « demander pardon publicquement à Dieu, à la benoiste vierge Marie, au Roy et à Justice » , puis à être étranglé et brûlé, après avoir été préalablement traîné par le bourreau dans les carrefours d'Agen (1).
Cette condamnation, si horrible qu'elle soit, est en somme moins barbare que la suivante.
Un malheureux nommé Jehan Malhort, condamné comme hérétique par le juge de Cahusac (2), avait interjeté appel devant le parlement de Guyenne.
« La Cour... ordonne qu'il sera faict une procession au dict Cahuzac, ung jour de dimanche, et que le requérant sera mené à la dicte paroisse, en chemise, teste et pieds nus, corde au col, ung fagot sur ses épaules. A la porte de l'église il fera amende honorable, et à genoux demandera pardon à Dieu, au Roy et à Justice des paroles par luy dictes et proférées contre l'honneur de Dieu, de la Vierge Marie, saincts et sainctes du paradis, mentionnées au procès; et le condamne à bailler un cierge de cire du poids de vingt- cinq livres, qui sera mis devant le lieu où repose le précieux corps de Notre- Seigneur en la dicte église; et demeurera à genoulx au devant le précieux corps de de N. S. durant que la grand messe se dira.
» Et ce faict, le lendemain ou autre jour en suivant, le condamne à estre battu et fustigé par l'exécuteur de la haulte justice par les lieux accoustumés; et après, avoir la langue percée avec un fer chaud, le bannit à perpétuité du royaume et le condamne aux dépens, etc. (3) » (5 avril 1546).
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 26.
(2) Cahusac, sur une colline dominant le Dropt; aujourd'hui commune du canton de Castillonès, arrondissement de Villeneuve (Lot-et-Garonne).
(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Arrêts, reg. 26. Voyez à la page suivante le prix de chaque genre de mort ou de supplice en 1542.