‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 43 sur 310 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Que penser des juges capables de prononcer une pareille condamnation?

Encore ne faut-il pas oublier que le seizième siècle, cette époque si merveilleusement policée sous tant de rapports, se rattachait encore par mille racines invisibles à la barbarie du moyen âge

(') Qu'on nous permette d'en donner ici un exemple entre mille. En 1532, trois voleurs, d'une audace extrême, ravageaient le littoral de la Garonne de Bordeaux au Bec d'Ambès. Ils se nommaient Jehan Gausseran, dit Cosne, Pierre Guyndron, dit Mandillot, et Georges Gaston. Ils furent condamnés par la Cour de la sénéchaussée à être traînés sur une claie par les carrefours de Bordeaux et sur la Grave avec un écriteau portant cette indication : « C'est un voleur et pirate de mer. » Et en outre, Cosnes à avoir la tète tranchée, à être tiré à quatre quartiers devant l'Ombrière; sa tête devait être mise sur un pal au quartier des Anguilles ; son corps pendu à la potence dressée au Bec d'Ambès et ses membres exposés à Bourg, à Roque de Tau, à Cubzac et à Caverne; Mandillot devait être étranglé par le bourreau dans cette dernière localité.

C'est affreux, n'est-il pas vrai? Ce n'est pas tout. Tous trois eurent la fatale idée d'en appeler au parlement de Bordeaux. Il semble que la justice aurait dû se montrer satisfaite de cet arrêt sinistre. Il n'en est rien. Elle jugea convenable d'augmenter encore les tortures de ces misérables. Elle maintint l'arrêt du lieutenant-criminel, mais elle décida qu'en outre et préalablement les trois condamnés seraient fouettés de verges par le bourreau pendant deux jours consécutifs; qu'on leur couperait une oreille à chacun; enfin que Mandillot et Georges Gaston assisteraient, la corde au col, à l'exécution de Cosne! (Arch. départementales de la Gironde, Série B, Parlement : Arrêts, reg. 20.)

Si nous avons cité ce hideux arrêt, c'est que nous verrons, dans le cours de ce volume, de malheureux calvinistes frappés des mêmes peines et assimilés aux plus affreux criminels.

Voici, d'après le livre de notes tenu par le clerc-secrétaire de la Ville, le tarif des exécutions à Bordeaux en 1542 :

« Taxes faictes au maistre des haultes heuvres : Pour le fouet, cinq sous et » une paire de gants; pour eseapiter (sic) ou pendre, vingt-cinq sols; pour •nbrusler, mailloter et tenailler, cinquante sols. Nota: Le fermier des » crimes (?) fournit l'eschaffault ou potence. » (Arch. municipales de Bordeaux, Registre des Clercs de Ville, f° XXXX v°.)

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