CHAPITRE VII
Physionomie singulière des populations de la Saintonge au seizième siècle. — Premières tentatives d'évangélisation dans cette contrée. — Philippe Véron, dit Le Ramassent (1534). — Alliert Babinot. — Prédications de Nicolas Clinet. — Philippe Barat (1545). — Frère Jehan, le bazoehien. — La Réforme à Pons, à Saintes, à Mirambeau. — Condamnation do Philippe Barat et du prêtre Jchannet Couhe. — Une bande de lutlicriens envahit, à main armée, le domicile de François Moysan dans l'île d'Arvert (février 1516). — Ce dernier s'enfuit avec ses enfants. — Doux conseillers au Parlement do Bordeaux sont chargés d'instruire cette affaire. — Évangélisation des îles d'Oléron, d'Arvert, etc., par des moines revenus d'Allemagne. — Arrestation du dominicain Hubert Robin, de Nicole et de l'instituteur de Gémozae. — Leur condamnation à mort. — Évasion extraordinaire d'Hubert Robin. — Supplice de ses deux compagnons brûlés vifs, l'un à Saintes et l'autre à Libourne (août 1546).
Comme Bordeaux et comme les villes de l'Agenais, la Saintonge était entrée de bonne heure dans le mouvement de la Réforme.
Lors de la création du Parlement de Guyenne, en 1462, cette province, ainsi que l'Aunis et l'Angoumois, relevait de la Cour de Bordeaux, en vertu des lettres -patentes de Louis XI.
Lorsqu'en 4469, le rusé monarque donna la Guyenne en apanage à son frère Charles de Berry, le Parlement fut transféré de Bordeaux à Poitiers. Après la mort si mystérieusement tragique du jeune duc, le comté d'Angoumois et le gouvernement de La Rochelle furent placés dans le ressort du Parlement de Paris.
Ce ne fut qu'en 1542 que l'Angoumois fit retour à celui de Bordeaux, après la mort du duc d'Orléans, fils aîné de François Ier, dans l'héritage duquel il était enclavé.
De l'embouchure de la Loire à celle de la Gironde s'étend un pays plat, en partie marécageux et d'une physionomie exceptionnelle. Le littoral, découpé par de nombreuses baies
ou par des presqu'îles de formes bizarres, est bas, sablonneux et couvert de marais salants qui font vivre tout un monde de sauniers ou de gabeleurs.
Là s'agite, en face de l'Océan, toute une population fort primesautière de pêcheurs et de marins au langage pitto. resque. Il semble que les émanations aromatiques et vivaces du bord de la mer donnent aux habitants de la Saintonge une animation particulière que n'ont point en général les Bordelais, plus calmes par nature.
Au seizième siècle, cette dissemblance était encore beaucoup plus accentuée que de nos jours. Théodore de Bèze nous en a laissé la peinture la plus imagée dans le vieux langage si coloré de cette époque.
« Comme la province de Xaintonge, entre toutes les contrées du royaume de France, est la mieux accomodée de tout ce qui peut estre souhaité pour l'aise et commodité de ceste vie, aussi est oit -ce un pays adonné entre tous autres à toutes manières de délices et à ce qui s'ensuit (1). Mais le Seigneur, d'autre costé, y a fait tant plus grande miséricorde, l'aïant bénit grandement en la cognoissance de son sainct Évangile. Et fut ce trésor premièrement distribué aux plus desbauchés : à savoir à ceux des isles, qui estoient ordinairement la retraicte des pyrates et escumeurs de mer; joint que les malfaiteurs qu'on vouloit espargner en France y estoient envoyés et confinés ordinairement. »
« Il y a doncques en ce pays de Xaintonge un petit lieu, situé sur la coste de l'Océan, appellé l'isle d'Arvert, habité cy-devant par des gens de marine, c'est-à-dire presque sauvages et sans aucune humanité, mais au reste fort vaillans et hardis sur mer, où ils font de grands voïages jusques aux plus loingtains pays, etc. »
C'est un des premiers disciples de Calvin, le procureur
(!) On ne peut s'empêcher de penser aux jolis vers de La Fontaine dans la fable des Vaux Pigeons :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il faut, Bon repas, bon gîte et le reste...?