CHAPITRE VII
D'autres arrestations avaient lieu à la même époque dans diverses localités de la Saintonge.
Un prêtre de Saintes, nommé Jehannet Couhe, accusé du crime d'hérésie par le procureur général de la sénéchaussée, fut incarcéré le premier (10 décembre 1545) Un maître d'école, Nicolas Clinet, fut à son tour emprisonné. C'était un vieillard d'une soixantaine d'années, très dévoué à son école. Chassé de la contrée, il se retira à Paris, où il fut plus tard nommé surveillant ou ancien de la nouvelle Église. Pour le moment il eut la chance de n'être brûlé qu'en effigie : il devait plus tard, hélas ! monter lui-même sur le bûcher ! (2)
A ces noms il faut ajouter celui d'un certain Philippe Barat, coupable d'avoir prêché en Saintonge des doctrines réprouvées, lequel fut condamné à faire publiquement, devant l'église Saint -Just, l'abjuration de ses erreurs (3). Il fut ensuite battu de verges jusqu'à effusion du sang et banni de la sénéchaussée (30 janvier 1546) (4).
Injonction fut faite au grand sénéchal de Saintonge d'activer les procès des divers autres accusés.
On peut aisément se figurer l'effet que devait produire sur une population ardente et un peu «sauvage », comme celle de cette région maritime, les incarcérations, les poursuites, les castigations et surtout les auto-da-fé. Il y avait parmi les convertis des gens fort paisibles, qu'adoucissaient encore davantage les principes évangéliques, mais il s'y trouvait aussi bien des gens qu'attirait l'attrait de la nouveauté, la haine du clergé catholique et le spectacle de ses turpitudes et de sa honteuse ignorance.
Ce fut sans doute une bande d'individus de cette dernière catégorie qui se portèrent à des voies de fait dans l'île
(!) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Arrêts, reg. 26.
(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 126.
(B) Saint-Just, commune du canton de Marennes, aujourd'hui Charente- Inférieure.
(*) Arch. départementales de l.v Gironde, série B, Parlement : Arrêts.
d'Arvert. L'instruction porte que « des luthériens en grand nombre » se ruèrent sur la maison d'un nommé François Moysan, et par leurs menaces le forcèrent à s'enfuir avec ses enfants.
C'est là, hâtons-nous de le dire, un fâcheux mais rare épisode de cette première période de la Réformation. Il est toujours regrettable de voir les persécutés usurper le rôle de persécuteurs.
Deux conseillers au Parlement de Bordeaux furent chargés en toute hâte d'instruire l'affaire (1).
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Arrêts, reg. 26 (13 février).