‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 48 sur 310 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

i tua t ion, au point de vue religieux, des principales localités de la vallée de la Dordogne (1515-46). — Sainte-Foy, l'uu des foyers de la Réforme, fournit des prédicateurs aux autres villes. — Guillaume Marontin, franciscain hérétique, prêche le carême à Bergerac (1545). — Trois évangélisateurs venus de Saiulo-Foy lui succèdent. — Le président Lachassaigne et deux conseillers au Parlement de Bordeaux se transportent à Bergerac. — Condamnations prononcées par eux contre les religionnaires. — Désurdres nocturnes causés par ces derniers. — Séance extraordinaire du 20 novembre 1545 à l'Hôtel de Ville de Bergerac. — Le lieutenant du juge de Sainte-Foy et le substitut du procureur du roi cités à la barre du Parlement de Bordeaux. — Reproches qui leur sont adressés. — Leur incarcération provisoire et leur interrogatoire. — Gensac, Pessac, Castillon et Libourne. — Rentrée du Parlement à Bordeaux. — Procession générale pour le rétablissement de la sauté du roi (27 mars 1547).— Mort de François Ier (31 mars).

Les religionnaires ne s'étaient pas encore comptés, mais leur chiffre augmentait de jour en jour. Ils formaient un nombre considérable de petits groupes disséminés dans les principales localités de la Basse- Guyenne, isolés les uns des autres et sans aucun lien apparent.

Leurs dogmes consistaient surtout dans la négation de certaines erreurs accréditées par l'Eglise catholique, telles que la suprématie de l'évèque de Rome, le culte de la Vierge et des saints, le pouvoir attribué au prêtre de faire descendre Dieu sur l'autel, la confession à l'ombre de laquelle se cachent tant d'infamies, le trafic des indulgences que François Ier lui-même venait d'interdire par ses lettrespatentes.

De ministres du culte, il n'y en avait point. Quelques hommes plus hardis ou plus lettrés que le reste des novateurs, des instituteurs, des prêtres convertis, des moines défroqués, réunissaient quelques auditeurs dans une chambre haute, dans une cave ou dans une grange, quelquefois même en plein air, dans une clairière, masquée

par un épais rideau de feuillage, dans un lieu secret, et leur faisaient la lecture de fragments de la Bible en langue vulgaire.

Ils y joignaient quelques réflexions morales et la théorie séduisante du salut par grâce; encourageaient les âmes timorées à supporter avec fermeté les persécutions qui pourraient survenir, et se séparaient à petit bruit, après avoir invoqué sur la modeste assemblée les bénédictions du Ciel.

Dans quelques villes, cependant, on s'occupait déjà d'évangéliser les localités voisines. Sainte-Foy, dans la vallée de la Dordogne, était de ce nombre, et, grâce à la faiblesse ou à la connivence des autorités locales, se constituait comme centre de propagande et de prédication.

Ni les nombreuses condamnations prononcées contre certains religionnaires de cette ville, ni le supplice du jeune et courageux Aymon de La Voye, n'avaient diminué la fièvre du prosélytisme.

A Bergerac, que quatre lieues à peine séparent de Sainte- Foy, le mal prenait des proportions tout aussi inquiétantes, au dire des consuls gouverneurs de la cité.

Un moine franciscain, doué d'une certaine facilité de parole, avait été envoyé de Bordeaux, en 1546, pour y prêcher le carême. A la grande surprise de beaucoup de gens, Guillaume Marentin — c'était son nom — n'avait cessé dans ses prédications d'attaquer les superstitions de l'Église à laquelle il faisait mine d'appartenir et dont il portait encore la robe et les insignes. Chargé sans doute de préparer les voies à d'autres orateurs, il disait avant son départ « qu'il n'avait passé que par ruelles, mais qu'il en viendrait après lui qui passeraient par les rues » (').

« Troys prescheurs de Sainte-Foy » lui avaient, en effet, succédé. Ceux-là niaient l'existence « du purgatoire » et

(4) Arch. municipales de Bergerac, séance du Conseil de Ville du 21 novembre 15i5. Ce précieux document, découvert par M. Dupuy, archiviste de Bergerac, est imprimé dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, numéro du 15 avril 1875.

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