‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 50 sur 310 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

On peut juger par ce qui se passait à Sainte-Foy, malgré la présence des officiers du roi, de l'état de surexcitation des esprits dans les nombreuses localités de moindre importance de la vallée de la Dordogne, La Force, Eynesse, Montcarret, Saint-Antoine, Pessac, Gensac, Montravel, Castillon et autres où depuis plusieurs années l'on n'en était plus à se cacher de déserter la messe pour les réunions évangéliques (').

A Libourne, où le Parlement avait élu domicile et tenu ses séances du 5 août 1546 au 17 janvier 1547, à cause de la terrible épidémie qui régnait à Bordeaux, les choses allaient en apparence un peu moins mal.

Le Parlement achevait à peine de rentrer dans cette dernière ville, où les traces du fléau qui venait de sévir si cruellement apparaissaient à chaque pas, lorsqu'il reçut les plus fâcheuses nouvelles de la santé du roi. Le premier président Delage et le président La Chassaigne se rendirent à Paris, d'où ils écrivirent à Bordeaux que le mal était à peu près sans remède.

Le 20 mars, la Cour de Guyenne ordonna qu'une procession générale serait faite le lendemain, pour demander à Dieu la guérison de François Ier (2).

Ces vœux ne furent pas exaucés; quatre jours après, le 31 mars, le roi cessait de vivre.

L'un de ses derniers actes avait été d'expédier au parlement de Bordeaux des lettres-patentes destinées à régler les conditions que devaient réunir les prédicateurs pour être autorisés à monter en chaire (3). Obéissant aux ordres qui lui étaient transmis, la Cour défendit aux jurats «de permettre à personne de prêcher en ville, sans autorisation de l'archevêque de Bordeaux » (•*).

Des visites eurent lieu le même jour dans toutes les

C1) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement, voir un arrêt du 22 août i542.

(2) Bibuothèqme MUNICIPALE de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. WJ, t. I", f° 227 r«.

(8) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Enregistrement (1rs édits royaux, 3 juillet 1546.

(') Idem, ibidem, 28 septembre 1546.

«boutiques des libraires», et amenèrent la saisie d'un certain nombre de « livres prohibés » .

Ainsi, jusqu'aux derniers mois de sa vie, le fils de Louise de Savoie combattit l'introduction des doctrines luthériennes ou calvinistes dans son royaume. On sait cependant qu'il avait l'horreur des moines, et ses lettres -patentes, pour défendre le trafic des indulgences ('), sont là pour montrer qu'il croyait, lui aussi, à la nécessité d'une réforme.

On se demande ce qu'il fût advenu de la France, si ce prince, cédant aux sollicitations de su sœur chérie, de cette Marguerite de Navarre qu'il aimait tant, avait favorisé les efforts des premiers évangélisateurs, au lieu de les combattre avec acharnement par le fer et par le feu?

Comparez entre eux les pays protestants et les pays catholiques, au point de vue de la puissance militaire ou de l'influence diplomatique. Comparez-les encore sous le rapport de l'avancement des sciences ou de la diffusion de l'enseignement populaire : vous verrez, dans les deux hémisphères, les pays protestants prendre l'avance et affirmer leur supériorité dans tous les domaines où s'exerce l'activité de l'esprit humain ! (2)

(*) Arch. municipales de Rordeaux, série GG, carton 287, Ordonnances relatives au clergé, et Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des e'dits royaux.

(-) La prospérité de la Hollande, à côté des ennuis incessants causés à la Belgique par la question religieuse, en est une preuve éclatante. Comment expliquer d'ailleurs la différence qui existe dans un même pays, en Suisse par exemple, entre les cantons protestants et ceux qui sont restés lidéles à Rome.

Page 1