‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 51 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Avènement d'Henri II avril 1547). — La Chambre de laTournellc chargée des procès d'hérésie avec un procureur général ad hoc. — Lettre du roi au premier président. — Mouvements populaires en Saintongo étrangers à la Réforme et provoqués par le nouvel impôt sur le sel. — Insurrection de 15i8 à Bordeaux. — Assassinat du gouverneur M. de Moneins. — Deux armées royales marchent sur la Guyenne. — Cruelles représailles exercées par le connétable de Montmorency contre les Bordelais. — Suspension du Parlement. — Création d'une Cour extraordinaire pour le remplacer (i2 juin 1549). — 24 commissaires royaux sont envoyés à Bordeaux pour y rendre la justice. — Séance d'ouverture au Palais de l'Ombrière (14 août). — Disparition des dossiers relatifs aux luthériens. — Évasion de quelques-uns do ces derniers. — Reprise des procès pour hérésie. — Jeanne de La Rède, religieuse, condamnée au bûcher. — Me Thomas de Lafonlaine, Jehan Seguin, maître d'école, et Peyrothon Archier sont successivement brûlés à Bordeaux. — La Cour dos commissaires est licenciée par Henri II.

Nous entrons dans une période sinistre pour les Reformés de France et pour ceux de la Guyenne en particulier.

Henri II venait de succéder à son père, à l'âge de vingtneuf ans. Il avait hérité de ses goûts chevaleresques et de sa galanterie, mais il tenait surtout de lui sa haine pour les hérétiques, encore plus accentuée peut-être. François Ier avait parfois pour les religionnaires des velléités d'indulgence. Son fils n'en connut point. C'est l'homme qui écrira plus tard aux membres du Parlement : « Vous sçavez assez » que la chose que nous avons le plus désirée est d'extirper » la malheureuse et damnée secte hérétique (') ». Il avait en Guyenne, sous ce rapport, un digne exécuteur de ses volontés, le sinistre président Delage, dont les instincts sauvages contrastaient avec la nature douce et paternelle, mais ferme cependant, du nouveau gouverneur de la province, Charles de Coucy, chevalier, seigneur de Burie,

(*) ÂJRCH. HISTORIQUES DU DÉPARTEMENT DE LA GIRONDE, t. I", p. 14. Tiré de la

riche collection de M. Jules Delpit, secrétaire général de la Société.

nommé lieutenant général dans les dernières années du règne de François Ier (').

Les cachots de la Conciergerie regorgeaient de prisonniers de toute espèce; la Cour rendit, le 2 juillet 1547, un arrêt dont l'importance ne saurait échapper à personne. Elle décida que la Grand'Chamhre et la Chambre des enquêtes se partageraient les affaires courantes, mais que la Tournelle resterait seule chargée « des hérétiques et des voleurs » (2).

Cette assimilation n'était pas fortuite. C'était le résultat du système qui avait pour but de déshonorer, aux yeux des gens crédules et des fanatiques, les partisans des nouvelles doctrines.

En outre, un membre spécial du ministère public fut chargé de porter la parole au nom du roi, dans les procès intentés aux malheureux poursuivis comme hérétiques. Le roi Henri II prit la peine d'écrire lui-même au premier président Delage une lettre close, pour lui mander de choisir un magistrat qui fut apte à remplir ces délicates fonctions (3).

Dès le 15 novembre, un grand nombre de condamnations étaient prononcées contre des religionnaires de Bordeaux.

Mais l'attention du Parlement se trouva tout à coup détournée de cette ville par la gravité des événements qui se passaient en Saintonge.

Par suite de ses interminables guerres contre Charles- Quint, mais surtout de ses prodigalités fastueuses ou galantes, François Ier avait laissé les finances du royaume dans le plus déplorable état. Après avoir rançonné le clergé, vendu les offices de judicature, il s'était vu dans l'obligation de recourir aux moyens les plus impopulaires, en augmentant l'impôt sur le sel connu sous le nom de gabelle.

(*) Arch. départementales de LA Gironde, série B, Parlement: Enregistrement des édits royaux, avril 15ir>.

(s) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 3C9, t. Ier, i'° 92 r°, et ms. 367, f° 40 v". « ... Attendu le grand nombre de prisonniers estant de présent en la Conciergerie, etc. »

(3) Idem, ms. 3G9, f° *J7. Le proc ureur général était Antoine de Lescure, sieur de Flaujagues, nommé le 1er septembre lôii.

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