‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 52 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Sous Henri II, la situation ne s'était guère améliorée; le 1er octobre 1547, ce prince, qui devait aux présidents et conseillers du parlement de Bordeaux les gages de deux années, leur donnait une assignation de soixante-huit mille trois cent quarante -neuf livres sur les recettes des gabelles.

Des réunions tumultueuses eurent lieu dans le Blayais vers la mi-novembre; le 22 de ce même mois, la Cour de Bordeaux donnait l'ordre au sénéchal de Guyenne ou à son lieutenant, ainsi qu'aux gens du roi, « de se transporter en la ville et fauxbourgs de Blaye et partout où besoing sera dans la sénéchaussée, faire défense, sous peine de la kart, à toutes personnes de faire assemblées illicites, ni user de port d'armes » (,).

Peu de temps après, dans les îles de la Saintonge, cinq ou six employés du fisc étaient assassinés (2).

Ce n'était là que le prélude de la terrible insurrection qui l'année suivante allait ensanglanter Bordeaux, et dont nous n'avons point à raconter ici les détails.

Nous n'avons à nous occuper de cette sinistre page de l'histoire de la Guyenne, que par cette seule raison qu'elle amena la suspension du parlement de Bordeaux et, par suite, celle des poursuites judiciaires commencées contre les luthéro-calvinistes.

Vers le milieu de juillet 1548, le peuple de Saintonge qu'atteignaient plus directement les nouveaux impôts mis sur le sel, arbora l'étendard de la révolte. Des bandes armées, dont le nombre grossissait de jour en jour, parcoururent les campagnes en criant : Mort aux gabeleurs! Les communes du Bordelais ne tardèrent point à suivre l'exemple de celles de la Saintonge et de l'Angoumois.

M. de Moneins, lieutenant du roi et gouverneur de Guyenne depuis le 19 juin de l'année précédente, était

(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ras. 369, f° 97 et 98 r°. (2) Plans et pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses, etc., par Antoine du Pinet, Lyon, 1564.

absent de Bordeaux. Rappelé, en toute hâte, par les jurats et le Parlement, il arriva le 16 août dans cette ville où commençait à gronder l'orage. Quatre mille hommes en armes s'y étaient déjà rassemblés. Il essaya dès le lendemain de convoquer les mécontents et de calmer l'exaspération du peuple. Vaine tentative; peu de jours après, la foule se ruait sur l'Hôtel de Ville, s'emparait des armes et de l'artillerie qui se trouvaient dans l'arsenal.

M. de Moneins fut mis à mort et son corps traîné dans les rues; le président de La Chassaigne courut les plus grands dangers et ne fut sauvé que par miracle. Une foule de maisons particulières furent pillées et mises à sac, et des meurtres commis sur divers points de la ville.

Les jurats, d'abord impuissants, firent venir des secours du dehors, armèrent une partie des bourgeois et parvinrent à rétablir l'ordre. C'était trop tard, et la punition infligée à la malheureuse ville où venaient de se passer ces scènes de désordre, fut plus terrible encore que le mal. Deux armées, sous le commandement du connétable de Montmorency et du duc d'Aumale, accoururent à marches forcées. Malgré la soumission des révoltés, les supplications du Parlement et celles des jurats, les régiments entrèrent à Bordeaux non par la brèche, comme l'ont écrit vingt historiens sur la foi de Guillaume Paradin, mais tout simplement par la porte des Augustins

Un grand nombre d'exécutions eurent lieu; des contri-

0 Histoire de nostre temps, par maistre Guillaume Paradin, Lyon, Jean de Tournes et Guillaume Gazeau, 1552, un vol. in-18, p. 682 et suivantes. Le fait affirmé par Paradin, dont le livre parut quatre ans après les événements qu'il raconte, est nié par Nicolas de Bordenave, élève du collège de Guyenne et témoin oculaire de ces scènes dramatiques. « J'estois escolier en cette ville et fus spectateur de toute cette tragédie... La fureur de ces mutins ne dura guère plus de vingt-quatre heures et la Cour de parlement commença d'en faire justice bien tost après, de manière que plusieurs avoient jà estés exécutez par le bourreau quand Anne de Montmorenci, connestable de France, avec une armée, entra en la ville par la porte des Augustins, non pas par la bresche comme dit Paradin ». Nicolas dk Bordf.nave, historiographe de la Maison de Navarre, Histoire de Béarn et Navarre, p. 48.

L'assertion du ministre Rordenave est d'ailleurs confirmée par un autre témoin oculaire, Gabriel de Lurbe, procureur-syndic de la Ville, auteur de la Chronique bourdeloise, édit. de 1619, f° 42 r°.

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