CHAPITRE IX
butions de guerre furent levées sur les habitants ; les cloches qui avaient appelé le peuple aux armes furent brisées ; une partie des registres de l'Hôtel de Ville et du palais de rOmbrière bridés ou enlevés; la cité perdit ses antiques franchises municipales, et le Parlement fut dissous provisoirement.
Le procureur-général, Antoine de Lescure, se vit également suspendu. « Les persécutions dont il fut l'objet se prolongèrent à ce point que, durant une période assez longue, il n'y eut pas de procureur -général en exercice dans le Parlement de Bordeaux ('). »
La dernière séance du Parlement, sauf erreur de date, est, d'après mon exemplaire des Registres secrets, du 28 septembre 1548. Ce ne fut que le 12 juin de l'année suivante, après plus de neuf mois pendant lesquels le cours de la justice resta suspendu, que Henri II se décida à signer à Saint-Denis l'édit de création d'une chambre souveraine à Bordeaux « durant la surséance du Parlement » .
Pendant ces neuf mois, les poursuites contre les religionnaires furent naturellement suspendues.
Des écrivains mal intentionnés, et qui font bon marché delà vérité, ont essayé de rejeter sur les calvinistes de Bordeaux une partie de la responsabilité encourue par les auteurs de l'insurrection de 1548. Ces assertions mensongères ne s'appuient sur aucunes preuves. L'émotion populaire causée par l'augmentation des droits de gabelle est et demeure un sanglant épisode tout à fait en dehors des événements qui se rattachent à l'histoire de la Réformation dans le Sud-Ouest.
En vertu de l'ordonnance royale du 12 juin 1549, la nouvelle Cour était composée :
Du premier président Delage et du président René Brinon, de l'ancienne Cour de Bordeaux ;
(l) Le Parlement de Bordeaux et la Cour des commissaires de 1540, par E. Brives-Cazes, docteur en droit, etc., Bordeaux 1870, p. 13. Extrait des Actes de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.
De 10 conseillers au parlement de Paris; de 8 autres empruntés au parlement de Toulouse, enfin de 6 conseillers du parlement de Rouen.
Elle comprenait une chambre civile et une chambre criminelle.
C'est le 11 août que les commissaires royaux se réunirent, pour la première fois, chez le premier président Delage.
Le 14, au palais de l'Ombrière, eut lieu la séance solennelle d'ouverture en présence du nouveau gouverneur de la province de Guyenne, Jean de Daillon, comte du Lude, fds de l'héroïque défenseur de Fontarabie La cérémonie fut glaciale.
Un sentiment de morne tristesse pesait sur la ville dont les antiques privilèges n'existaient plus. Les jurats supprimés n'avaient pas été remplacés ; de telle sorte que personne ne s'occupant des soins ordinaires de la voirie urbaine, les rues étaient dans un tel état de malpropreté, que le comte du Lude se hâta de choisir, parmi les notables bourgeois, vingt-quatre prud'hommes pour s'occuper des choses les plus urgentes, et en particulier de la salubrité publique.
C'était déjà trop tard; la peste venait de nouveau de faire à Bordeaux son apparition, et quelques jours après le président René Brinon succombait aux atteintes de* la cruelle épidémie.
C'est au milieu de ces graves préoccupations que la Cour des commissaires, stimulée sans nul doute par le premier président Delage, crut devoir s'occuper de la poursuite des hérétiques.
Mais lorsqu'elle voulut parcourir les dossiers relatifs aux affaires de cette nature, elle ne put en obtenir la communication. A la faveur des troubles de l'année précédente, ces dossiers avaient disparu !
La Cour prit aussitôt des mesures pour remédier à ce contretemps. Le premier président, secondé par les deux
(*) Voyez à ce sujet: Les Gascons et l'artillerie bordelaise au siège de Fontarabie, par E. Gaullieur, Bordeaux I87Ô, p. 23.