‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 54 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

avocats généraux Bernard Delahet et Fronton Béraud, s'entendit avec le cardinal du Bellay, archevêque de Bordeaux ('), pour obtenir l'intervention de l'Église dans celte situation difficile. Il s'agissait de contraindre les détenteurs des dossiers relatifs aux hérétiques à les rapporter sans retard au greffe de la Cour. Il fut décidé qu'on procéderait au moyen de monitoires, annoncés du haut de la chaire dans toutes les églises de Bordeaux et par « fulminations ecclésiastiques ».

Le 11 septembre, la nouvelle Cour rendit l'ordonnance suivante :

« Veu la requeste presantée aux Commissaires ordonnez par le Boy pour tenir la justice pendant la surséance du parlement de Bordeaulx, par le procureur gênerai du Boy, contenant que pour extirper la secte des Luthériens, récélateurs et faucteurs d'iceulx» , plusieurs informations et procédures auroient esté faictes tant par maistres Geoffroy de La Chassaigne, président audit parlement de Bourdeaulx, Clivet de Chaumont, Jehan de Mabrun et Jehan de Guitard, conseillers, suyvant lesquelles informations et procédures certains des dictz delinquans auroient esté punys.

» Mais, parce que les dictes procédures estoient esgarées, ne pourroient procéder en ce qui restoit contre les aultres coulpables nommés et compris aux dictes procédures et informations.

» Et par ce que ces délits tant énormes et exécrables demeureroient impunis, etc.

» Dict a esté que les dits commissaires en intérinant la dicte requeste, ont ordonné et ordonnent :

» Que compulsoire sera délivré au dit procureur gênerai pour contraindre tous ceulx qui seront à contraindre à remettre les prétandues charges et informations devers le greffe de la Cour et de reprandre les prisonniers évadez.

» Et neantmoings ont permis et permettent les dits Com-

(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, mss. 307, 309 et 370.

missaires au procureur général de faire publier monitoire par toutes les églises, etc. (*). »

Ainsi, d'après ce document d'une importance capitale, on voit qu'à la suite des troubles un certain nombre de religionnaires s'étaient évadés des prisons de la Conciergerie et que leurs dossiers avaient été égarés et très probablement enlevés.

On voit, en outre, qu'en 1549 on les désignait encore sous le nom de luthériens.

Mais sur qui pense -t-on que planaient les soupçons des commissaires royaux, au sujet de l'enlèvement des dossiers'?

Sur les présidents et conseillers de l'ancien Parlement chargés de la poursuite des hérétiques : MM. de La Chassaigne, Glivet de Chaumont, Jehan de Mabrun et Jehan de Guitard, tous catholiques zélés, pour ne pas dire davantage.

Me Jehan de Pontac, greffier criminel, fut chargé de leur notifier l'arrêt de la Cour des commissaires.

Soit par esprit de jalousie contre ces derniers, soit pour tout autre motif, ils refusèrent d'obtempérer à cette demande.

C'est ce que nous apprend un nouvel arrêt qui les somme de s'exécuter dans les huit jours, « sous peine de mille livres d'amende pour chacun d'eulx (2). »

Quelques jours auparavant, des lettres -patentes du roi, signées à Paris le 19 novembre, avaient été communiquées par le premier président Delage aux commissaires royaux. Henri II rendait aux tribunaux ecclésiastiques la juridiction absolue pour « le crime d'hérésie simple». Ce n'était rien moins que flatteur pour les parlements : c'était en quelque sorte leur reprocher d'avoir manqué de zèle dans la poursuite des luthériens. Les comptes payés au bourreau étaient là cependant pour affirmer le contraire.

Paris et Rouen adressèrent au roi de très humbles mais fermes remontrances. A Bordeaux, la Cour des commissaires

(*) Arch. départementales de la Gironde, série R, Parlement : Arrcts, reg. 28.

Idem, ibidem, arrêt du 27 novembre.

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