‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 55 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

suspendit l'enregistrement de l'édit jusqu'à plus ample information; mais elle comprit qu'il était plus que temps d'agir.

Le 29 novembre, la chambre criminelle fait appeler Jean de Lana, auditeur et vicaire général de l'archevêché. Le premier président lui recommande expressément de veiller à ce que les prédicateurs désignés pour prêcher dans les églises n'enseignent que de saines doctrines, approuvées par la Sorbonne, conformément aux « édits du Roy ».

Il devra toujours, avant d'approuver leur nomination comme prédicateurs, faire une enquête sur leur moralité et s'assurer qu'ils ne sont (.(point suspects d'hérésie » (').

Peu de jours après, la Cour, sur la réquisition du procureur général, défend « à toutes espèces de gens, de quelque qualité qu'ils soient, de manger de la chair aux jours prohibés par l'Église, sous peine de mille livres d'amende et autres peines arbitraires » (2).

Si les dossiers manquaient pour reprendre les poursuites contre les hérétiques de Bordeaux, il n'en était pas de même pour ceux des autres villes comprises dans le ressort de la Cour.

Une religieuse du couvent de Saint-Girons (3), Jeanne de La B-ède, condamnée par le juge prévôtal de Saint-Sever (4) à être brûlée vive, venait d'interjeter appel, en se basant sur ce qu'ayant prononcé des vœux définitifs, elle ne pouvait être jugée que par un tribunal ecclésiastique.

Les commissaires royaux, plus scrupuleux observateurs des formes, députent l'un d'entre eux à l'évêque d'Aire (5), qu'ils invitent à lui donner la qualité de vicaire pour l'auto-

(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 369 : Extrait des registres secrets, t. Ier, f° 255 r°.

(*) Ak ch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Arrêts, reg. 28.

(') Saint-Girons, petite ville de l'ancien comté de Foix, sur le Salât; aujourd'hui cliel-lieu d'arrondissement du département de l'Ariège.

(') Saint-Sever, sur un coteau au sud de l'Adour, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département des Landes.

(5) Aire-sur-V Adour, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Sever (Landes).

riser à faire le procès à cette malheureuse. C'était tourner habilement la difficulté.

Ti'ois jours après, ils sévissaient, sans pitié cette fois, contre un avocat ou procureur au siège de Tulle, Me Thomas de Lafontaine, condamné par le sénéchal de cette ville à monter sur le bûcher, pour avoir irrévérencieusement parlé du Saint -Sacrement, de la Vierge Marie et des saints du paradis.

La condamnation fut maintenue et même aggravée, en ce qu'il fut ordonné que l'exécution aurait lieu dans la ville de Bordeaux; que Lafontaine serait d'abord traîné sur une claie, ayant à la main une torche ardente, et que ses biens seraient confisqués (*).

Nous n'avons que trop d'exemples à citer « de cette répression féroce » (2).

Dans le courant du mois de novembre 1549, les paysans occupés dans le voisinage de la grand'route de Bergerac à Bordeaux, quittaient momentanément les travaux des champs et accouraient en toute hâte pour voir passer une troupe de cavaliers et de gens de pied escortant un prisonnier jeune encore. A en juger par la longueur de l'escorte, la capture semblait être d'une extrême importance.

Il ne s'agissait cependant que d'un infortuné maître d'école de Bergerac, arrêté comme hérétique par ordre de messire Jehan de Lustrac, évêque de Périgueux.

Jean Seguin, c'était son nom, était acccusé : 1° d'avoir prêché les nouvelles doctrines à ses élèves et à leurs parents ; 2° d'avoir soutenu des propositions anti-orLhodoxes « censurées par les docteurs eu théologie sur ce députés » ; 3° d'avoir été trouvé détenteur d'un sac contenant un certain nombre de livres à l'index.

Interrogé d'ailleurs à Bergerac par le lieutenant du séné-

(*) Le Parlement de Bordeaux et la Cour des commissaires de 1549, par E. Brives-Cazes, p. 135.

(2) Le mot n'est pas de moi, il est de mou excellent collègue et ami M. Brivés- Cazes, vice-président au Tribunal civil, dont la modération bien connue lui donne une valeur plus grande.

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