‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 56 sur 310 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

chai de Périgord, Seguin, qu'animait une ardente foi dont son visage et ses yeux portaient les reflets, avait tout avoué courageusement. Les mains liées derrière le dos, il s'avançait entre six soldats à pied.

Derrière lui chevauchait un gentilhomme, nommé Bernard de Laporte, qui avait reçu la mission de le conduire à Bordeaux et répondait de sa personne.

A cheval comme lui, mais un peu en arrière, s'avançait le fourrier du capitaine et son « laquais ». Une troupe de douze cavaliers bien armés fermait la marche.

Le voyage de Bergerac à Bordeaux durait quatre jours.

Enfermé dans les cachots du palais de l'Ombrière, le malheureux « régent d'escoles » fut condamné le 28 novembre par la Cour des commissaires à être brûlé vif devant la cathédrale, après avoir été ignominieusement traîné dans les « carrefours et lieux accoustumés ».

Les livres saisis à son domicile devaient être brûlés avec lui(i).

Les frais de cet horrible procès furent considérables.

Il s'agissait, entre autres choses, de huit journées, aller et retour, à solder à chaque homme de l'escorte. Le gentilhomme, son fourrier et son laquais, étaient payés sur le pied de 24 sols parisis par jour; les douze cavaliers, à raison de 10 sols, et les six hommes de pied à G sols parisis chacun.

Bernard de Laporte, pour rentrer dans ce qui lui était dû, se vit obligé d'attaquer l'évèque de Périgueux, Jehan de Lustrac. Celui-ci crut devoir actionner à son tour le « révérendissime cardinal de Lorraine, évêque et comte d'Agen », auquel il réclamait la moitié des frais. Ce dernier fut, en effet, contraint par arrêt à prendre à sa charge cette portion des dépenses.

La condamnation de Jehan Seguin ne fut pas la dernière du même genre prononcée par les commissaires royaux.

(') Arcii. départementales de la Gironde, série lî, Parlement: Arrêts, reg. 28, arrêts des 28 novembre, 1er février et 1er mars.

Le 4 janvier 1550, ils envoyaient encore au bûcher un religionnaire d'Agen, nommé Peyrothon Archier. Il y monta le 7, c'est-à-dire trois jours après. Un certain Antoine Archier, son frère très probablement, fut, par la même occasion, fouet lé de verges.

Les mandats de payement, ordonnancés par la Cour au bourreau et aux trompettes de la ville, sont là, dans leur horrible naïveté, pour témoigner que tous ces arrêts infâmes ont été réellement exécutés (').

« Les commissaires avaient toujours tenu, dit avec raison M. Brives-Cazes, à ce que les grandes exécutions fussent faites à Bordeaux. Ils voulaient évidemment impressionner .fortement, par la crainte des supplices, une population qui était de jour en jour plus entraînée vers les agitations séditieuses de l'hérésie. On a déjà vu qu'ils ne s'étaient pas moins préoccupés d'éclairer le peuple en enjoignant à l'archevêque de Bordeaux de choisir de bons prédicateurs pour l'Avent et le Carême. Ce choix était d'une importance capitale au milieu des désordres dont le clergé, tant régulier que séculier, donnait le triste spectacle » (2).

Le jour même où fut brûlé le malheureux Archier, les commissaires royaux tinrent leur dernière séance. C'était, avons-nous dit, le 7 janvier. Des lettres closes, signées du roi et datées du 28 décembre, leur enjoignaient de se séparer. C'est ce qu'ils firent « en remerciant très humblement le Roy de ce qu'il luy a plu de les révoquer ».

Le lendemain, 8 janvier 1550, le parlement de Bordeaux tenait sa première séance et reprenait ses anciennes fonctions. Le vent de la disgrâce avait cessé de souffler sur lui.

(4) Gaillard Deymier, ou parfois Guichard Dexmier (voyez p. 115), « maistre des hautes œuvres, » recevait cent sols pour une exécution capitale, deux francs dix sols pour donner le fouet. Jehannot du Vallat, trompette de la ville, recevait avec ses trompettes quinze sols tournois. On donnait cent solz aux greffiers et huissiers de la Cour pour assister à une exécution. C'était un assez bon revenu.

(2) Op. cit., p. 136.

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