‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 59 sur 310 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

contenait pas moins de quarante-six articles. Elle attribuait la connaissance des crimes d'hérésie aux juges séculiers et aux cours ecclésiastiques tout à la fois ; de sorte que, par un complet renversement de toute justice, les accusés absous devant un tribunal pouvaient être condamnés par un autre !

L'article 27 défendait expressément d'intercéder pour les hérétiques, sous peine d'être poursuivi comme tel.

Seize articles concernaient l'impression, la vente et le colportage des livres religieux qui devaient être recherchés avec soin, jusque dans le domicile des suspects!

La dénonciation était provoquée par des récompenses. Le tiers des biens des condamnés devenait la propriété des délateurs. La discussion des articles de controverse était interdite aux personnes illettrées. Il fallait croire, et s'incliner.

Enfin, la correspondance avec Genève et les pays hérétiques était sévèrement interdite.

Le 40 juillet, sans aucune récrimination, fut transcrit, sur les registres du parlement de Bordeaux, cet édit resté tristement célèbre (*), qui nous fait connaître assez exactement l'état des progrès rapides que faisait alors en France la Réformation.

« De jour en jour et d'heure en heure l'erreur va croissant; elle est devenue comme une maladie de peste, si contagieuse, quelle a infecté en beaucoup de bonnes villes et autres lieux la plupart des habitants, hommes et femmes, de toute qualité et jusqu'aux petits enfants qui sont noums de ce venin. »

A la suite de la promulgation de l'édit de Chàteaubriant, les procès intentés aux religionnaires se multiplient dans le ressort du Parlement. Des Lannes, du pays de Soûle, de la Terre de Labourd, de l'Agenais, du Périgord, de la Saintonge, les dossiers arrivent en foule, et il nous serait absolument impossible de les tous analyser.

Hàtons-nous de le reconnaître, un grand nombre d'acquit-

C1) Bibliothèque municipale le Bordeaux, Extrait des registres secrets, ins. 'Ml, t'° 53 v°.

tements ou de condamnations à des peines relativement légères furent prononcés par la Cour. Nous ne voyons, dans le cours de l'année 1551 , que quatre condamnations au bûcher, dont une pour un contumace. Voici les noms de ceux qu'elles frappaient :

Guillaume de Beaulieu, gentilhomme du Limousin, qui, d'après une sentence du sénéchal de cette région, devait <Mre, comme hérétique, brûlé vif et à petit feu! La Cour de Bordeaux confirma l'arrêt en supprimant la dernière clause (1).

Pierre Guillaume, religieux de l'ordre des Augustins, condamné d'abord à la dégradation, puis au bûcher (2) (4 mai).

Jacques Maigna, prêtre de Villeneuve-d'Agen, accusé de sacrilège et conduit à Bordeaux, où l'exécution eut lieu devant le palais de l'Ombrière. Il fut d'abord traîné dans les rues, puis étranglé (3) par le bourreau; après quoi, son corps fut réduit en cendres (4).

Enfin, Louis de Mellet, seigneur de Grain, frappé pour quelques paroles imprudentes; mais ce dernier, comme nous l'avons dit, avait eu le bon esprit de prendre la fuite et ne fut brûlé qu'en effigie. Il va sans dire que ses biens furent confisqués (5).

Beaucoup de religionnaires, sous le coup des poursuites dirigées contre eux dans le Sud- Ouest, suivirent alors l'exemple de Louis de Mellet et prirent la fuite. Ce furent surtout des médecins, des moines ou des prêtres et, dans la classe industrielle ou marchande, des orfèvres, des libraires, des imprimeurs, dont la profession exige un plus grand développement d'intelligence. La plupart se rendirent en Suisse au péril de leur vie, à Lausanne, à Neufchàtel,

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 35.

(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 30<J, f° 100 v».

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, reg. 40.

(*) Idem, ibidem, portef. 46.

(5) Idem, ibidem T portef. 35.

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