‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 60 sur 310 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

à Zurich, à Genève, où Calvin venait de rentrer et de prendre la direction des affaires.

A côté des horribles supplices que nous venons de citer, nous voyons un bon nombre de peines moins graves infligées à d'autres accusés. Nous nous bornerons à en citer quelques-unes.

Un jeune homme de seize ans, presque un enfant, arrêté par le sénéchal d'Agenais, avait été transféré à Bordeaux. Il se nommait Jehan Molinard. Le Parlement, usant d'indulgence à cause de son extrême jeunesse, décida qu'il serait fouetté de verges et qu'il abjurerait «en secret», devant l'évêqùe d'Agen et deux consuls de cette ville, les paroles exécrables prononcées par lui contre « la confession auriculaire »

Un autre adolescent, un étudiant, Nicolas Carpentier, de Castelmoron (2), était convaincu de faits beaucoup plus graves. Il était accusé « d'avoir fait un nouveau confiteor, de l'avoir enseigné à ses disciples et d'avoir prêché publiquement dans les églises sans l'autorisation du diocésain ».

Certes, il y avait matière à deux ou trois condamnations capitales. Nicolas Carpentier en fut quitte à meilleur marché. Après avoir fait amende honorable, il fut remis entre les mains du bourreau, Guichard Dexmier, qui le fustigea devant la cathédrale Saint-André (3).

Un jeune homme encore, le fourrier Gabriel Bussy, de la compagnie du capitaine Vignes (•*), avait été arrêté pour avoir tenu des propos scandaleux contre l'honneur de la Vierge et des saints. Du « Chasteau-Vieulx », où il était incarcéré, à Bayonne, il fut transféré dans les cachots de la Conciergerie, à Bordeaux.

(J) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 42 (G avril 1551, après Pâques).

(2) Castelmoron, aujourd'hui commune du canton de Monségur, département de la Gironde. Une autre ville du même nom, sur le Lot, fait partie du département de Lot-et-Garonne.

(3) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 41. L'exécution n'eut lieu qu'au mois de mai.

(') Il s'agit ici très probablement de Jehan de Lamoricière, seigneur de Vicques, ou de Vignes, qui fut gouverneur du Château-Trompette.

Bussy, pour se tirer d'affaire, alléguait son état d'ébriété lorsqu'il proféra les blasphèmes qui lui étaient imputés. La Cour admit ce système de défense et, se montrant indulgente encore, le condamna simplement « à faire amende honorable au parquet de l'audience, en chemise, teste et pieds nus, ayant en ses mains une torche ardente, à dire que follement et témérairement, estant yvre, il a proféré les paroles mentionnées au procès ».

En outre, à déclarer « qu'il croit fermement que la Vierge Marie est mère de Dieu et que Dieu est fils de la Vierge Marie ». Ayant admis comme vraie la première de ces propositions, la seconde, on en conviendra, ne lui coûtait guère. A reconnaître enfin, « qu'il est utile et proffictable prier et invocquer Nostre Dame et autres sainctz et sainctes du paradis » .

Après quoi, la Cour le bannit à perpétuité du royaume, avec défense expresse d'y rentrer sans la permission du roi, sous peine d'être pendu.

Il faut l'avouer à l'honneur du parlement de Bordeaux, il y avait du courage à ne pas se montrer plus sévère, alors que l'impitoyable édit de Chàteaubriant prescrivait la plus cruelle rigueur à l'égard des religionnaires, alors surtout qu'à la tête de cette compagnie siégeait un mortel ennemi de la Réformation comme le premier président Delage.

Étant donné le système de dénonciation salariée provoqué parles dernières ordonnances royales, c'était un devoir pour le Parlement de se méfier des rapports qui lui étaient adressés; c'est ce qu'il fit. 1\ poussa même la droiture jusqu'à faire quelquefois arrêter les dénonciateurs, lorsqu'il put acquérir la preuve qu'ils avaient menti.

Un avocat de Montflanquin ('), Me Pierre du Tilh, avait été arrêté, par ordre du procureur général, en vertu de

(*) Montflanquin, petite ville de l'Agcnais, sur une colline que contourne la Lède; aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Lot-et-Garonne, à 17 kilomètres de Villeneuve et 4(3 kilomètres d'Agen.

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