‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 6 sur 310 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

les commandements se seraient faits en latin. Il ne s'agissait plus que de trouver assez d'érudits pour en faire des officiers.

On voit qu'à ce projet si simple il y avait bien quelques inconvénients. Aussi fut-il rejeté par le pape, dans la journée du 15 juin 1523.

La plupart des écrivains catholiques conviennent qu'à cette époque une réforme ecclésiastique, sinon religieuse, était devenue absolument nécessaire; aussi des tentatives dans ce but se produisirent- elles de tous côtés à la fois : en Suisse, en Angleterre, en Allemagne et en France sur plusieurs points du royaume. Elles furent immédiatement condamnées par la papauté.

En cette même année 1523, les nouvelles doctrines avaient fait assez de progrès dans un grand nombre de provinces, particulièrement à Bordeaux, pour que le roi crût devoir s'en alarmer et chercher le moyen de les combattre.

On lit dans les mémoires « d'un bourgeois de Paris sous François Ier », ouvrage publié il y a quelques années, par la Société de l'histoire de France, d'après un manuscrit du seizième siècle appartenant à la Bibliothèque nationale :

« Au dict an 4523, le Roy et madame la Régente sa mère, par délibération du Conseil, envolèrent douze docteurs religieux des quatre ordres mandiennes par toutes les contrées de la Finance et d'ailleurs pour prescher la foy catholique, pour abattre et àdnichiller (*) les hérésies de Luther. Et pour ce faire, furent pris des docteurs à Paris et ailleurs qui furent envoyez les uns en Normandie, les autres en Champaigne, les aultres en Picardie, les aultres en Guyenne, les aultres en Rourdelois et Auvergne, aultres en Lyonnais, aultres en Languedoc et Dauphiné et leur fut baillé certaine somme d'argent pour ayder à faire leur despence et partirent en Novembre. » (2)

Q) Adnichiller, réduire à néant, du latin nihil ou nichil, rien. (2) Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de François Ier, publié par M. Ludovic Lalanne, Paris 1854, p. 187,

Il est donc certain qu'en 1523, au moins, les dogmes affirmés en Allemagne par Luther et en France par Jacques Lefebvre d'Étaples comptaient en Guyenne et à Bordeaux un certain nombre de partisans, puisqu'on jugeait nécessaire d'envoyer de Paris des théologiens pour les combattre.

Si le texte que nous venons de citer établit une distinction entre Bordeaux et le reste de la province, c'est que trois ans plus tôt, en 1520, une ordonnance royale avait divisé le duché en Basse et Haute -Guyenne, avec Bordeaux et Montauban pour capitales.

C'est la première de ces divisions territoriales seulement qui nous occupe : il est donc indispensable d'en préciser les limites.

La Basse -Guyenne comprenait le Blayais, le Fronsadais, l'Entre-Dordogne, le pays de Nouvelle -Conquête l'Entredeux-Mers, la Bénauge, le Bazadais, la Terre -Gasque ou Landes de Bordeaux, le captalat de Buch, la prévôté de Born, le Médoc et la banlieue bordelaise, dont les limites furent exactement établies dans la charte octroyée, en 1295, par Philippe le Bel aux Bordelais et connue sous le nom de Philippine (2).

Bordeaux, capitale de cette belle province, était à la fois la résidence d'un lieutenant général, qui commandait en l'absence du roi de Navarre, gouverneur de la Guyenne pour le roi de France, le siège d'une primatiale vers laquelle rayonnaient de nombreux évêchés et des milliers d'églises et celui d'un Parlement dans le ressort duquel étaient compris, depuis le 12 juin 1462, le Bordelais, les Lannes, l'Agenais, les sénéchaussées de Condom et de Saint-Sever en Armagnac, le Périgord et la Saintonge, c'est-à-dire à peu près le territoire de la seconde Aquitaine des Bomains.

(•) Le canton de Sainte-Foy avec quelques paroisses du Lot-et-Garonne et de la Dordogne.

(*) Arch. municipales de Bordeaux, Costumas, manuscrit gascon du quatorzième siècle, et Livre des Bouillons, f° 29.

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