‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 7 sur 310 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'influence de cette ville au point de vue militaire, ecclésiastique, judiciaire et financier était considérable.

Au moment même où les docteurs en théologie envoyés à Bordeaux et en Guyenne par François Ier et par sa mère Louise de Savoie, partaient de Paris, un homme dont le nom est un des plus illustres parmi ceux des premiers réformateurs, Guillaume Farel, le prédécesseur et plus tard l'ami de Calvin, prêchait à Bordeaux « la parole de Dieu. »

Nous n'avons point à raconter ici la vie de Farel, l'orateur le plus populaire de la Béformation, d'autres l'ont fait avant nous de la manière la plus complète. Quelques traits seulement suffiront à esquisser le jeune évangéliste. Il était du village des Farels, près de Gap, où il naquit en 1489 d'une famille noble. Après des études élémentaires très imparfaites, il obtint de ses parents, non sans peine, la permission d'aller chercher à Paris un enseignement plus substantiel. Il passa dans cette ville une douzaine d'années environ, soit comme étudiant à l'Université, soit comme professeur au collège du cardinal Lemoine, où il se lia d'amitié avec Lefebvre d'Étaples dont nous parlions tout à l'heure. Ce fut cette affection qui décida de sa vie. Sous l'influence de ce vieillard pieux et savant, Guillaume Farel, déjà sérieux par nature, fit des progrès remarquables.

En 1517, ayant terminé ses études universitaires et conquis le grade de maître ès arts, il entra comme professeur au collège du cardinal Lemoine; de 1519 à 1522, il se perfectionna dans la connaissance des langues grecque et hébraïque.

De Paris il se rendit à Meaux qu'on peut considérer comme le berceau de la Réformation française.

Après quoi, désirant travailler à l'édification de ses concitoyens, il partit pour Gap, mais il fut repoussé de sa ville natale. On lui refusa même le droit d'y prendre la parole pour ce motif qu'il était laïque et n'avait point reçu la tonsure.

C'est alors que le gentilhomme Dauphinois, averti sans doute par quelques amis qu'un mouvement religieux se dessinait en Guyenne, partit pour cette province, où il demeura quelque temps sous le pseudonyme d'Ursinus (*).

Il fit à Bordeaux quelques tentatives d'évangélisation et prêcha même publiquement, mais il fut chassé de cette ville par les persécutions du clergé régulier (2) et résolut, après avoir hésité quelque temps, de se rendre à Baie dont la renommée dans le monde de l'enseignement s'étendait de jour en jour.

Guillaume Farel dut arriver au commencement du mois de décemhre 1523 dans la cité qu'habitait l'illustre et savant Erasme, mais il laissait à Bordeaux quelques disciples dont le nombre, fécondé par cette rosée bienfaisante qu'on nomme la persécution, allait bientôt s'accroitre.

Déjà, par ordonnance des jurats, gouverneurs de la Ville, en date du 7 février 1525, défense est faite aux habitants de Bordeaux de tenir « des congrégations et des assemblées illicites » (3).

Parmi les nombreux couvents que comptait alors la capitale de la Basse-Guyenne, l'abbaye Sainte-Croix était un des plus riches et des plus anciens. La fondation de ce monastère remontait au septième siècle (*), et il suffira, pour donner une idée de son importance, de dire que l'église Saint-Michel, si riche elle-même, était une de ses dépendances.

L'abbé qui, depuis 1517, en avait la direction et disposait

(') Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, rassemblée et annotée par M. Herminjard, professeur à Lausanne, torne Ier. Qu"il me soit permis, puisque je cite pour la première fois ce remarquable ouvrage, véritable monument de patience et d'érudition, de témoigner à son auteur toute l'admiration que j'éprouve pour ses éminents travaux.

(!) Dans une lettre que lui adressait, le 13 juillet 152i, Jean Canaye, son ancien disciple, on lit : « Dum enim in Aquitanià haereres, ad te equidem scripsissemus; sed statim auditus est tuus repentinus discessus, verèque, ut audio, christianus, jam monacho, quod publiée evangelizares, te persequente. »

(3) Arch. municipales de Bordeaux, série JJ, Invent. -somm. de 1751 au mot Assemblées illicites.

(*) Si l'on s'en rapportait à la Vie des saints du diocèse de Bordeaux (1723), saint Mommolin y serait mort déjà en C53. (Voyez plus loin, chap. XVI.)

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