‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 61 sur 310 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

la dénonciation portée contre lui par deux habitants de cette ville, Antoine Colanier et Antoine Ysac, qu'il affirmait « être ses ennemis mortels. »

Trois sortes de crimes lui étaient imputés -.'«.hérésie; congrégation illicite avec port d'armes, et homicide sur la personne du recteur de Montgaillard . »

La Cour, après information, fit arrêter les dénonciateurs. Elle sépara les chefs d'accusation. La question de meurtre fut renvoyée devant le sénéchal d'Agenais, auquel le substitut du procureur général à Agen reçut l'ordre d'adresser un rapport dans la quinzaine.

La question d'hérésie fut réservée pour être portée devant l'official de Bordeaux (1).

On voit que le parlement de Bordeaux avait fort à faire. Bien d'autres malheureux, accusés d'hérésie, se morfondaient à la même époque dans les prisons du palais de l'Ombrière et demandaient à être interrogés. Citons, pour mémoire, frère Périnelli, religieux de l'ordre des Jacobins de Bordeaux; Pierre Bégou, orfèvre de Bergerac, qui subit une très longue détention; Me Xans Dupin, avocat ou procureur, dénoncé par messire Odet de Foix, comte de Carmaing, mais qui fut plus tard acquitté ; François Langlois, accusé de blasphème et de sacrilège par le maire et les jurats de Libourne, mais qui ne fut condamné qu'à une amende assez forte; Jehan Auguin, marchand de Condom, dont la Cour ordonna la mise en liberté provisoire, après toutefois qu'il eut été soumis à la torture « en la géhenne » . C'est ainsi qu'on appelait la chambre de la question. Enfin, François Verdelon, dit Saint-Phélix, qui fut renvoyé devant l'évêque d'Agen (2).

A quoi faut -il attribuer, en somme, l'indulgence relative du Parlement à l'égard des hérétiques, plusieurs fois signalée dans le cours de ce chapitre. D'abord, et avant tout, à

(0 Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 45.

(*) Idem, ibidem, portef. 42, 43, 44, 45 et 46.

l'horreur qu'inspirait aux catholiques honnêtes la multiplicité des supplices. Plusieurs d'entre eux pensaient d'ailleurs, comme Florimond de Rémond, l'éminent mais âpre conseiller au parlement de Bordeaux, que les exécutions capitales, les tortures et le bûcher nuisent à la cause qu'on veut servir bien plus qu'ils ne lui profitent.

« Quand le mal a gagné pied, ces publics et tristes spectacles par justice sont de dangereux remèdes et plus propres souvent pour allumer le feu que pour l'étouffer » (1).

Il faut enfin signaler la présence au Parlement de deux hommes dont l'influence bienfaisante diminuait beaucoup l'intensité du mal. Nous voulons parler des conseillers Jehan Dupont et Jacques Benoist, tous deux accusés de pactiser avec les hérétiques.

Nous avons déjà parlé sommairement du premier. Nous avons dit qu'en 1543, le procureur général s'était opposé à sa réception en le désignant comme suspect d'hérésie. Il est certain qu'en 1539, l'évèque de Condom l'avait condamné à faire une abjuration secrète.

De premières lettres de réhabilitation, données par François Ier, n'ayant pas réussi à faire cesser l'opposition du Parlement, le roi, qui avait reçu de lui 2,000 écus à titre de prêt, renouvela ses injonctions (26 mai 1544) qui finirent par aboutir.

« Ami et conseiller de la reine Jeanne de Navarre, dit M. Brives-Cazes, Dupont devait être le premier à manifester hautement dans le sein du Parlement, et au grand scandale de cette Cour, ses opinions ardemment réformatrices » (2).

De ces deux amis de la tolérance, le second était Jacques Benoist, seigneur de Lagebasto?i (3). Originaire de l'Angoumois, il occupait dans cette province les modestes fonctions « de juge des exempts ès cas royaux », lorsqu'en récompense

(!) Histoire de la naissance, progrez et décadence de l'hérésie, liv. VII.

(2) Le Parlement de Bordeaux et la Cour des commissaires de 1540, page 211, et BiiiLioTHÈQrE municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, mss. 367, 369 et 370.

(3) On prononçait et nous écrirons désormais Lagebàton.

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