‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 64 sur 310 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

cachot par un grand nombre de personnes fort recommandables, ils ne cessèrent d'annoncer courageusement la parole de Dieu.

La rage de leurs adversaires s'en accrut naturellement; aussi toutes les tentatives faites pour les sauver de la mort furent- elles inutiles. Ces cinq martyrs de la liberté de conscience firent preuve, jusqu'à leur dernier soupir, d'une « esmerveillable constance » (').

La nouvelle de leur supplice eut un immense retentissement; les réformateurs surtout et leurs disciples s'en émurent davantage; en Suisse, en Hollande, en Allemagne, il n'y eut qu'une voix pour blâmer cette infamie et maudire les bourreaux.

Mais le sang versé n'arrêta point l'essor de la pensée et le mouvement des esprits; d'autres jeunes gens, entraînés à leur tour vers la carrière pastorale, partirent pour Paris, Genève ou Lausanne, afin de s'y préparer par de sérieuses études au ministère évangélique.

Des prêtres, des moines quittèrent l'Église romaine, et soit du haut de la chaire, soit dans leurs écrits, dévoilèrent les erreurs du papisme et ses turpitudes.

A Bordeaux, un religieux du couvent des Franciscains, nommé Jean Cormières, publia deux livres qui provoquèrent une vive émotion. Censurés immédiatement par la Sorbonne et par la Faculté de théologie de Bordeaux, ces deux écrits, dont nous ignorons le titre, furent déférés au Parlement, qui en ordonna la destruction le 15 décembre 1551.

Deux jours après, le 17, une procession générale fut faite dans ce but. La Cour s'y rendit en robes rouges, et les productions hérétiques du frère Jean Cormières furent brûlées solennellement, par la main du bourreau (2), devant la cathédrale Saint-André.

Nous ne voyons d'ailleurs figurer, dans les registres du

(4) Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 88.

(2) Bibliothèque municipale dk Bordeaux, Extrait des registres secrets du Parlement, ma. 3G9, t. Ier, p. 'M) i">, et ms. 370, f 156 r°. L'un de ces extraits donne la date de 1551, l'autre celle de 1553.

Parlement, aucune condamnation contre leur auteur, qui, selon toute probabilité, avait eu soin de prendre la clé des champs. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il changea de nom et fut plus tard consacré comme pasteur de la nouvelle Église sous celui de Barelles. Il ne fit en cela que se conformer à des habitudes de prudence dont Calvin lui-même et Guillaume Farel avaient donné l'exemple, pour mieux dépister leurs implacables ennemis.

Jean Cormières, qui prêcha successivement dans les villes de Toulouse, d'Agen, de Lectoure et de Nérac, dut même, si je ne me trompe, changer de nom plusieurs fois. Florimond de Rémond l'appelle Colomiès, Théodore de Bèze Carmières dit Barelles, et M. Tamizey de Larroque, auquel nous devons la publication d'une de ses lettres, le nomme Cormery. Nous le retrouverons plus tard.

Il va sans dire que les ennemis de la Réformation, Palma Cayet et Rémond tout des premiers, blâment fort ces changements de nom, précaution toute naturelle cependant chez des hommes dont la tête était mise à prix et qu'on traquait souvent comme des bêtes fauves.

Les livres du moine franciscain ne furent pas les seuls écrits hérétiques que poursuivit à cette époque le parlement de Bordeaux. Deux pamphlets, dont les titres ont beaucoup d'analogie, furent saisis par arrêt de la Cour chez deux personnes différentes.

Guillaume de Lamothe, serviteur de Jacques de Montalembert, écuyer ('), reçut une citation à comparaître devant ses juges, à la requête du procureur général, comme accusé d'avoir publié un libelle intitulé : Le coq à la vache.

L'affaire devait être d'une extrême gravité, car M. de Montalembert, rendu responsable, fut sommé de faire comparaître son serviteur dans le délai d'un mois, sous peine d'une amende de 4,000 livres, environ 50,000 francs

(*) Il s'agit ici de Jacques de Montalembert, seigneur d'Esse, qu'il ne faut pas confondre avec Jehan de Montalembert, écuyer, sieur de Colonges, alors enfermé dans les prisons de la Conciergerie, pour une cause que j'ignore.

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