CHAPITRE XI
d'aujourd'hui. Il est probable que Guillaume de Lamothe, l'auteur du libelle, était en fuite.
Le deuxième arrêt est plus grave encore. M0 Mathurin Busin, procureur au Parlement, accusait un certain Jehan Maillard de s'être porté à des excès sur la personne de sa fille Jehanne. Maillard fut arrêté à son domicile au mois de septembre 1550, et, malheureusement pour lui, on trouva dans une armoire « certain libelle fameux, vulgairement appelé Coq à l'asne ».
Cette production littéraire devait être jugée fort redoutable, car une ordonnance de la Cour intervint aussitôt, défendant à toutes sortes de gens « de tenir par devers eux tels et semblables libelles fameulx», les menaçant des peines édictées par l'arrêt du 29 mai 1546.
Un rapport des médecins et chirurgiens ayant constaté le viol, Maillard fut condamné à payer à Jehanne Busin une pension annuelle de 40 livres tournois; « si mieux, est-il ajouté, n'aiment adhérer et demeurer tous les deux ensemble ». Ce qui fait supposer que la jeune fille n'avait pas été trop violentée.
Mais, pour ce qui concerne le pamphlet, la Cour se montre plus sévère.
Maillard, «pour avoir tenu et recellé en sa maison le libelle fameux dict Coq à l'asne, » est condamné à 50 livres d'amende envers le roi et banni pour trois ans du ressort du Parlement. L'arrêt porte que le libelle « sera ard et bruslé comme scandaleux, en la place publique au devant le palays de l'Ombrière » (1).
Ce qu'il y a d'étrange, c'est que les deux arrêts relatifs aux deux libelles Le coq à la vache et Le coq à l'âne portent la même date, 10 juillet 1551.
Cette dernière satire, contre laquelle le Parlement montre tant d'ardeur, ne serait-elle pas la pièce de vers adressée par Clément Marot à Lyon Jamet? Elle est intitulée précisé-
(!) A.RCH. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 45.
înciil pitre du coq à l'asne. Le favori du Marguerite de Navarre y tournait en ridicule ceux qui font dire des messes pour les trépassés.
Toutcsfois, Lyon, si les âmes Ne s'en vont plus en purgatoire, On ne saurait me faire croire Que le pape y gagne beaucoup.
Le parlement de Bordeaux pouvait bien avoir gardé rancune au poète qui s'était tiré de ses griffes, grâce à la toute-puissance de sa royale protectrice (*).
Bien d'autres écrits satiriques, dont nous ne connaissons même plus les titres, circulaient secrètement. La pensée humaine, si longtemps comprimée par l'Église catholique, était alors comme en ébullition; le papier, le parchemin criaient sous la plume des hérétiques; l'écriture même de ce siècle remarquable est caractéristique; la rapidité avec laquelle ont été tracés les caractères qui la composent, nous donnent une idée de la fièvre qui agitait les esprits. J'en appelle aux paléographes.
D'innombrables écrits de controverse, railleurs, âpres ou acérés, se répandaient jusque dans les moindres bourgades et sous toutes les formes : livres, pamphlets, libelles, chansons, bouts -rimés, affiches contre la messe ou le culte des images. La vieille presse à bras de cette époque gémissait nuit et jour.
En 1551, dans les premiers jours de février, une foule considérable s'était rassemblée, le matin d'assez bonne heure, aux abords de l'église Saint-Pierre. Des placards hérétiques avaient été apposés la nuit, sur le grand portail et sur les portes latérales. Le clergé de cette paroisse les fit arracher.
(*) L'expression de « coq à l'âne » est bien antérieure à cette époque; elle datait au moins du quinzième siècle. (Voyez Le Roux de Lincy, Littré, etc.) Elle n'avait pas le sens qu'on lui donne aujourd'hui; elle était synonyme de satire.
« Coq à l'asne ou bien satire est composition de propos non liez ouvertement reprenant les vices d'un chacun. » BoiSSlÈRE, Poétique, p. 254,