‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 8 sur 310 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de ses revenus, se nommait François d'Aux (1). C'était un homme d'une piété et d'une chasteté peu communes à cette époque; il avait le titre de protonotaire du Saint-Siège apostolique. Surveillé de près depuis quelques mois par ordre du tribunal diocésain, il était accusé d'hérésie.

A la requête du promoteur de l'archevêque de Bordeaux, une enquête fut décidée, et le 4 avril 1526, sur l'ordre de M. de Ferario, inquisiteur de la foi, l'abbé de Sainte-Croix fut arrêté et jeté dans les prisons de l'Hôtel de Ville Saint Éloy, dont les deux tours, que nous appelons aujourd'hui Tours de la Grosse-Cloche, faisaient alors partie et nous indiquent la place (2).

L'inquisiteur, M. de Ferario, et l'auditeur de l'archevêque se présentèrent aussitôt devant les jurats, qui se trouvaient réunis en séance dans la salle du Conclave; après leur avoir appris que François d'Aux était arrêté « à cause de certains cas concernant la foi», ils les prièrent de donner l'ordre au portier de l'Hôtel de Ville et au geôlier de Saint-Éloy de mettre au secret le plus rigoureux leur prisonnier, et de ne le laisser communiquer avec personne sans leur autorisation (3).

Les jurats s'empressèrent de satisfaire à cette demande, qui montre à quel point ceux qui la faisaient craignaient de laisser propager au dehors le venin de l'hérésie.

(') La famille d'Aux, dont le nom indique l'origine toute gasconne (Aux abréviation d'Auxitania et plus tard Aquitania), comptait parmi ses membres quelques prélats éminents. Arnaud d'Aux, « camerlingue de la Sainte Église Romaine », fut nommé en 1307 évèque de Poitiers, légat en Angleterre peu de temps après et cardinal le 29 décembre 1312. Un de ses neveux, Fort d'Aux, fut évèque de Poitiers de 1312 à 1357.

(2) Les tours qui défendaient la porte Saint-Éloy, ou porte de l'Hôtel de Ville, étaient au nombre de six ; les deux qui existent encore étaient celles du milieu. Les prisons voûtées situées sous ces tours venaient d'être reconstruites peu d'années auparavant. Le 28 mars les jurats avaient décidé que « trois criminels » qui s'y trouvaient renfermés et que sans doute ils ne voulaient pas relâcher « seraient transférés dans celles du château de Blanqucfort », hors de Bordeaux, «parce que le Roy devait bientost arriver en ville. (Arch. municipales, série JJ; Invent, somm., au mot : Criminels.)

(b) Arch. municipales de Bordeaux, série BB, mss., Registre des clercs de ville, f° 58 et série JJ, Invent, somm., aux mots: Abbaye Sainte-Croix; Décrets, Prisonniers, Reliyionnaires, etc. Voyez aussi, pour François d'Aux, l'arrêt du Parlement du 10 février 1531, aux Arch. départem. de la Gironde.

L'instruction du procès de l'abbé de Sainte-Croix dont les livres avaient été confisqués, fut faite par la Cour diocésaine assistée de l'inquisiteur Ferario ; mais certains passages des registres de cette époque prouvent que François d'Aux fut remis en liberté. C'est ainsi que peu de mois après, nous le voyons réclamer les quelques livres ou manuscrits saisis au moment de son incarcération Peut-être fut-il relâché sur l'ordre de François Ier, dont la captivité en Espagne était terminée et qui fit son entrée solennelle à Bordeaux le 9 avril 1526, c'est-à-dire cinq jours après l'arrestation du protonotaire apostolique? Il était d'habitude à cette époque d'ouvrir les prisons lors de l'arrivée du souverain.

Peut-être aussi, la Cour de l'officialité diocésaine craignitelle le scandale d'un procès pour crime d'hérésie, intenté à l'un des principaux dignitaires du clergé régulier?

François d'Aux, menacé de perdre son abbaye et se voyant sous le coup d'une accusation qui entraînait après elle l'excommunication majeure, la réclusion, la torture et le bûcher peut-être, fit-il sa soumission à l'Église? Sans doute, puisqu'il fut réintégré dans sa dignité d'abbé de Sainte-Croix et qu'il conserva la direction de ce monastère jusqu'au jour de sa mort, arrivée longtemps après, le 16 août 1533 (2).

Nous avons à plusieurs reprises employé les mots d'inquisiteur de la foi, quelques personnes les ont peut-être lus avec surprise. On pense généralement que l'inquisition n'existait point en France et que l'Espagne était seule à posséder cette belle institution. C'est une erreur.

(') Arch. municipales de Bordeaux, série BB, Registre des clercs de ville.

(2) Le tombeau de ce disciple de Luther existait encore il y a peu d'années dans l'ancienne église de l'abbaye devenue paroissiale. Il se trouvait dans la chapelle dédiée à saint Sébastien. L'inscription suivante, qui n'est pas celle du premier venu, était gravée sur l'une des faces latérales :

Hoc marmore Dauxius sepultus, Ignotus populo jacet profano, Castus moribus, in léger pudore, Velox ingenio, Jldequefelie, Qui lies ialia, nihil fleas, viator.

Vit nobiiis F. Daux, hujus iuclyli mouasterii xxxvi abbas, sub hoc lumulo jacet. Obiit 10 aug. 1533. (Voir p. 17, note 2.)

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