‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 82 sur 310 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

les actes des Apôtres, que Grespin, l'auteur du Martyrologe, publiait aussi vers la même époque.

Au milieu de ses occupations journalières, il était poursuivi par cette même idée dont nous parlions tout à l'heure et qui sans cesse revenait l'assaillir : retourner en Saintonge et, au péril de ses jours, y proclamer sa foi devant ceux-là mêmes qu'il avait scandalisés.

A diverses reprises il franchit la frontière, suivi de quelques serviteurs fidèles chargés de la mission difficile de vendre les bibles et les petits livres imprimés dans son atelier.

« Lui-même, quoiqu'il eût quelque difficulté à marcher, parcourait à pied les villes et les bourgades pour y annoncer les vérités de l'Évangile ; il engageait les nouveaux convertis à se réunir pour prier ensemble, à se constituer en églises, à demander des ministres. Parcourait -il les campagnes? il épiait l'heure où, selon leur habitude, les cultivateurs suspendent leurs travaux pour prendre un léger repas, au pied d'un arbre ou à l'ombre d'une haie ; il feignait d'avoir aussi besoin de repos et allait s'asseoir à côté d'eux. Il se mêlait alors adroitement à leur conversation et cherchait à leur inspirer la crainte de Dieu (') ».

Il vit enfin se réaliser le plus ardent de ses souhaits. L'Église de Genève, qui suivait d'un œil anxieux le mouvement religieux de la France, jeta les yeux sur lui. Il fut chargé de se rendre dans l'Ouest et d'y évangéliser les populations de l'Aunis et de la Saintonge. C'était marcher à la mort; il partit tout joyeux. Au mois de septembre 1555, il était de retour à Arvert (2).

Il ne tarda point à organiser dans cette petite ville une Église sur les bases mêmes de celle qu'il fréquentait à Genève. Cette première fondation servit de modèle aux jeunes Églises qui s'établirent dans les localités voisines.

(*) A. Crottet, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne, p. 18.

(-) Arvert ou Ardeverd, dans la presqu'île du même nom, aujourd'hui commune du canton de la Tremblade (Charente-Inférieure). Voyez p. 8G, note 1.

C'est alors qu'il se rendit à Saintes, où, pour sauver sa vie, il avait renié sa foi. Le champ y était sans doute encore peu propice, car en dépit de ses succès ordinaires, il ne réussit à grouper, dans l'espace de deux ans, que sept ou huit auditeurs. L'un de ses fidèles était le célèhre émailleur Bernard Palissy, « ouvrier de terre » et inventeur des « rustiques figulines ».

La nouvelle église ne lit pas ouhlier à Philibert Hamelin le reste de la Saintonge. Il écrivit à Paris pour demander un aide.

Le pasteur qu'on lui envoya pour le seconder était précisément ce jeune André Manières, qui d'après Théodore de Bèze avait dù quitter Bordeaux à la suite de la terrible exécution d'Arnaud Monnier et de Jean Decazes ('j.

Peu de jours après son arrivée, Hamelin partit de Saintes pour se rendre à Arvert, où les conversions devenaient de plus en plus nombreuses. « Il y fit certains presches au son de la cloche, » nous dit Bernard Palissy, et s'enhardit même jusqu'à baptiser un enfant.

Averti par les magistrats, l'évoque de Saintes se mit en campagne. Philibert Hamelin fut arrêté. Mais il jouissait d'une si excellente réputation, sa vie était si exemplaire, que ses juges • n'osèrent le condamner. Six d'entre eux furent successivement visités par Bernard Palissy, dont les ardentes supplications ébranlèrent un instant leur désir de complaire à l'évêque.

Pour se tirer de ce pas difficile, ils envoyèrent à Bordeaux le prisonnier sous bonne escorte et sous la garde du prévôt des maréchaux.

André Mazières, prévenu de l'arrestation d'Hamelin, eut le courage de se rendre à Bordeaux, dans sa prison. « En présence du geôlier et de tous les prisonniers, il le consola et fortifia grandement », sans que personne songeât à l'arrêter ou même à lui couper la parole (2).

(*) Voyez chapitre XII, p. 145 et suiv.

(2) Tu. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. i", p. 135.

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