CHAPITRE XIII
Le dénouement de cette affaire n'était pas douteux.
Condamné à mort en vertu d'un arrêt du parlement de Bordeaux, Philibert Hamelin fut étranglé le 18 avril 1557. Ses derniers moments lurent admirables; il édifia par sa douceur et son courage le geôlier, les juges et le bourreau lui-même. Dans la crainte que ses paroles ne fissent sur les spectateurs une trop vive impression, le chevalier du guet donna l'ordre à ses trompettes de sonner sans relâche. Puis le corps du courageux disciple de Calvin fut réduit en cendres
Il fit par sa mort encore plus de prosélytes qu'il n'en avait fait pendant sa vie. En Saintonge tout particulièrement, un grand nombre de gens indécis ou timorés donnèrent leur acquiescement aux dogmes qu'il venait de sceller de son sang.
Avant de quitter Saintes pour Arvert, Hamelin avait recommandé à ses disciples de se réunir le plus fréquemment possible pour lire quelques chapitres de la Bible et prier ensemble. C'est ce qu'ils firent.
Bernard Palissy, comme nous l'avons dit, prenait part à ces petites réunions. Disons mieux : il en était l'âme. Voici comment s'exprime à ce sujet, avec une bonhomie charmante, cet homme de cœur, à la fois si savant et si modeste et l'un des plus grands artistes qu'ait produits le seizième siècle, avec Benvenuto Cellini :
« Quelques temps auparavant la prise dudit Philibert, il » y eut en ceste ville un certain artisan, pauvre et indigent à » merveilles, lequel avait un si grand désir de l'avancement » de l'Évangile, qu'il le démonstra quelque jour à un autre » artisan aussi pauvre que luy et d'aussi peu de savoir, car » tous deux n'en savoient guères.
» Toutesfois, le premier remonstra au second que s'il » vouloit s'employer à faire quelque forme d'exhortation, ce » seroit la cause d'un grand fruit ; et bien que le second » se sentit desnué de savoir, cela luy donna courage : et
(*) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts.
» quelques jours après, il assembla un dimanche au matin » neuf ou dix personnes et parce qu'il estoit mal instruit » ès lettres, il avait tiré quelques passages du vieux et » nouveau Testament, les ayans mis par escrit. »
Ils convinrent de se réunir tous les dimanches, et six des auditeurs présents furent chargés de prendre successivement la parole. Chacun d'eux avait donc cinq semaines pour s'y préparer.
« Et parce qu'ils entreprenoient un affaire auquel ils » n'avoient jamais esté instruits, il fut jdit qu'ils mettroient » leurs exhortations par escrit et les liroient devant l'assem- » blée ; or, toutes ces choses furent faites par le bon exemple, » conseil et doctrine de maistre Philibert Hamelin. Voilà » le commencement de l'Église réformée de la ville de » Saintes. »
André Mazières continuait, sous le nom de La Place, ses tournées d'évangélisation, et nous avons vu que l'énergie ne lui faisait pas défaut.
A la même époque, un autre jeune pasteur, venu de Genève, Charles de Clermont, connu sous le pseudonyme de La Fontaine, posait par ses prédications les premiers fondements de l'Église de La Rochelle.
Il accourut ensuite à Saintes pour seconder La Place dans les travaux de son ministère. Après s'être partagés la besogne, ils se mirent à l'œuvre avec une ardeur toute juvénile. Les moindres localités de la Saintonge furent évaugélisées. Un grand nombre de gentilshommes furent convertis par eux, au nombre desquels il faut citer François de la Rochebeaucourt, chevalier, gouverneur 'd'Angoulème et ancien sénéchal de Saintonge.
Un troisième pasteur, Claude Roissière, gentilhomme du Dauphiné, ne tarda point à les rejoindre. Il avait étudié la théologie à Genève, sous Calvin. Il quitta cette ville le 28 mai 1558 (*).
A La Rochelle, venait d'arriver du Rrésil le ministre
(!) Voyez plus loin, chapitre XIX, une de ses lettres à Calvin.