CHAPITRE XIII
Pierre Richer. Une tentative de colonisation, faite dans cette contrée par des réformés français, avait misérablement échoué par la trahison de l'infâme et méprisable chevalier de Villegagnon. Ses prédications obtinrent dans la capitale de l'Aunis un véritable succès, et il eut la joie de pouvoir y organiser l'Église.
Dans l'île de Ré, voisine de La Rochelle, les habitants, « qui auparavant estoient merveilleusement desbauchez et demi barbares, comme sont volontiers toutes gens de marine, » furent, en peu de temps, convertis et transformés par sa parole.
Enfin, à Saint-Jean-d'Angély, « un régent hérétique » dirigeait ouvertement les écoles. Le Parlement s'en émut et crut devoir admonester messieurs les gens du roi, dont le jeune homme tenait son autorisation. La Cour décida que l'abbé de Saint-Jean-d'Angély avait seul le droit de faire cette nomination.
Tous ces fâcheux symptômes de l'état des esprits dans la Saintonge et l'Aunis furent signalés au connétable de Montmorency par une lettre du président de Roffignac. D'après lui, les mômes indices existaient d'ailleurs en Agenais, en Périgord et dans les Lannes.
Elle portait la date du 28 avril 1558 (4), c'est-à-dire 1559 en style moderne, et débutait ainsi :
« Monseigneur,
» L'année passée se commencèrent à dresser beaucoup » d'erreurs en ce ressort, mesmes ès sénéchaussée de » Xaintonges, les Lannes, Agenois et partie de Périgord,
(]) La veille, 27 avril, le sénéchal de Saintonge écrivait au roi : « Syre, vous avez pu entendre ce qui est advenu en ceste ville, par le pacquet que vous a depesclié exprés Monseigneur le premyer président de Bourdeaulx, estant ycy pour l'exécution de vos comrnandemens, et comme mardy dernier deux ministres de Genefve preschèrent publicqueinent plusieurs choses scandaleuses, erronées et contraires à la foy crestienne; et qu'il ne lui fut possible, ni à vos autres officiers, einpescher telle témérité et pernitieuze entreprise, pour le grand nombre d'hommes de toutes conditions qui assistèrent es dictes prédications... etc. » Bibliothèque nationale, Fonds français, vol. 15872, f°81. Document publié par M. de Ruble : Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. Ier, p. 428.
» èsquelles fut par cette Cour de parlement si virille- » ment obvié que nous cuydions que le tout fust éteint et » supprimé..., etc.
» Nous avons advertissement que par le moyen des fugitifs » de Poitou qui descendent ès parties de Xainctonge du costé » de Saint Jehan d'Angely, il se dresse des assemblées qui ne » vallent rien, avec certaines prédications qui scandalisent » grandement tout le peuple, à laquelle maladie la compai- » gnie est après pour mectre ordre tel que, ce jourd'huy » j'espère assembler les Chambres pour pourvoir à l'incon- » véniant et médecine.
» Et de tout ce qui se pourra pour le mieulx faire, avec » le conseil que nous pourrons tous prendre, vous adver- » tiray bien amplement par M. le greffier de cette Cour, qui » part ceste semaine pour s'en aller à la Cour, etc. »
Ce greffier criminel, homme fanatique s'il en fut, est ce même Jehan de Pontac qui, saisi d'épouvante lors de l'exécution d'Arnaud Monnier et de Jehan Decazes, avait été dans la bagarre jeté à bas de sa mule par la foule qui s'enfuyait affolée de terreur (2).
Il dut arriver à Paris du 15 au 20 mai ; c'est donc à cette époque qu'il faut placer son entrevue avec le connétable de Montmorency. Ces deux mortels ennemis de la Réformation étaient dignes de s'entendre.
On devine aisément ce qui se passa dans cette entrevue. Le maréchal se chargea de transmettre au roi les nouvelles graves qui lui arrivaient de Bordeaux.
Après avoir à plusieurs reprises consulté son Conseil privé, Henri II décida qu'une partie du parlement de Guyenne se rendrait à Saintes pour y tenir les Grands Jours. Il pensait que ces assises solennelles, dont les rois n'ordonnaient la tenue que dans certaines circonstances
(*) Bibliothèque nationale, Fonds français 15872, p. 84; document publié par M. Tamizey de Larroque dans le t. XIII des A.RCH. HISTORIQUES de la Gironde, page 119.
(S) Voyez chap. XII, p. 140.