‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 85 sur 310 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

exceptionnelles, produiraient un effet salutaire sur l'esprit des populations exaltées de ces deux provinces.

En examinant de près la composition de cette haute Cour de justice, on voit que l'élément laïque y dominait presque exclusivement. D'après les prescriptions royales, datées du 28 juin 1559, elle fut constituée de la manière suivante : un président, Christophe de Cosages; douze conseillers, un avocat et un procureur du roi, trois huissiers, un receveur des amendes, un audiencier, un huissier de chancellerie et un chauffe-cire.

Or, sur les douze conseillers désignés pour faire le voyage, deux seulement étaient hommes d'église; les dix autres étaient conseillers lais. Peut-être faut-il attribuer cette quasimodération à l'influence du premier président Lagebàtom

Conformément aux ordres donnés par Henri II, la nouvelle Cour tint ses assises à Saintes, du 1er septembre au 15 octobre 1559 (»).

M. de Lagebâton était à Paris à la même époque.

Henri II écrivit au Parlement qu'il retenait auprès de lui le premier président et le déclarait pour ce fait dispensé du service de la Cour de Bordeaux. En outre, il ordonna que ses gages continueraient à lui être payés comme s'il était présent (2).

Cet ami de la tolérance, qui, non sans péril pour luimême, avait sauvé tant de malheureux calvinistes, dut certainement être attristé des nouvelles qui lui furent adressées de Saintonge. La Cour des Grands Jours, malgré sa composition presque entièrement laïque, y déployait une cruelle rigueur. Son président, Christophe de Cosages, homme dissolu et méchant, la poussait dans cette voie pour répondre aux intentions de l'amant de la duchesse de Valentinois.

C1) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 367. « Le 11 juillet, les chambres assemblées, la Cour publia et enregistra les lettres-patentes du roy, pour tenir les Grands-Jours à Xaintes. »

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édits royaux.

La persécution, d'abord exercée à Marennes, se continua dans toute la Saintonge. Les réformés, saisis d'effroi, s'enfuirent dans toutes les directions. A Saintes, les maisons furent visitées ; on contraignit, par la torture, les serviteurs à dénoncer leurs maîtres et à dire s'ils fréquentaient ou non les assemblées religieuses nocturnes.

Les mêmes violences furent exercées à Saint-Jean-d'Angély; un nommé Ménade, conduit à Bordeaux avec plusieurs autres prisonniers, mourut des cruels traitements qu'on lui fit subir en prison. On s'acharna sur son cadavre, qui fut brûlé publiquement par la main du bourreau (1).

(!) A. Crottet, de Genève, pasteur à Pons, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne, p. 35.

Page 1