‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 87 sur 310 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

» fausse doctrine, étaient ébranlés en leur ancienne croyance » et couraient après ces hommes qui ne respiroient que » sainteté.

» Le nom du Seigneur et du Christ était à tout propos en » bouche : le certes seul, ou en vérité, leur serment ordinaire ; » ils se déclaroient ennemis du luxe, des débauches publi- » ques et folàtreries du monde, trop en vogue parmi les » catholiques ; en leurs assemblées et festins, au lieu des » danses et haubois, c'étaient lecture des bibles qu'on » mettoit sur table et chants spirituels, surtout des psaumes » quand ils furent rimés. Les femmes, à leur port et habit » modeste, paroissoient comme des Èves dolentes ou des » Magdeleines repenties, etc. » (').

On ne peut pas imaginer un plus bel éloge des premiers réformés que celui de leur plus mortel ennemi. Ce n'est pas le dernier emprunt que nous aurons à lui faire.

Les prédications du moine Pierre David excitèrent la colère de l'évêque d'Agen, qui le força de quitter la ville.

Il se rendit à Nérac, où le roi et la reine de Navarre l'autorisèrent à prêcher dans la grande salle du château; nous avons dit au chapitre précédent qu'Antoine de Bourbon lui donna le titre de prédicateur ordinaire du roi (2).

« La vérité, dit Théodore de Bèze, prit dès lors telle racine en toute cette contrée (bien qu'il ne fût encore question d'aucun ministre), que jamais depuis elle n'en a pu estre arrachée.

» Mais le grand mal fut que David, se servant de l'Évangile pour l'ambition et pour le ventre, devint un pr esche ur courtisan (3). »

Nous avons dit qu'en 1558, il accompagnait, dans leur voyage en Guyenne, Antoine et Jeanne d'Albret. Les cardinaux de Bourbon et de Lorraine lui firent de si belles

(i) Liv. VII, chap. VI, p. 162 et 163.

(s) Il recevait du roi 120 livres de gages. « Maistre David, prédicateur, » figure pour cette somme au compte du trésorier de Navarre de 1557. (Archives des Basses-Pyrénées, B. 143.)

(3) Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. I«r, p. 102.

promesses, qu'il consentit, alléché par l'appât d'un gros bénéfice, à faire rentrer dans l'Église romaine le roi et la reine de Navarre, qui, aux premières tentatives faites par lui dans ce but, le chassèrent honteusement.

Revenons à l'Agenais, dont le moine Pierre David nous a un instant écartés.

On a vu, par les condamnations citées dans les chapitres précédents, avec quelle rigueur les calvinistes étaient poursuivis dans les villes d'Agen, de Villeneuve, de Tonneins et de Clairac. Il nous suffira de rappeler les noms de Jérôme Vindoncin, de Jehan Molinard, des deux frères Archier, de Pierre Saubescurt, de François Verdelon et du piètre Jacques Maigna, sans parler de beaucoup d'autres. L'évèque d'Agen, Pierre Redon, lieutenant du sénéchal d'Agenais, et le juge-mage Hermann Sevin, ne laissaient pas aux dissidents un seul instant de répit (').

Pierre Redon, écuyer, sieur du Limport, appartenait à une vieille famille agenaise. Il avait été premier consul de la ville d'Agen en 1546. Sa nomination de lieutenant principal de la sénéchaussée remontait au 20 septembre 1542 (2).

Quant à Hermann Sevin, juge-mage d'Agenais, il avait remplacé son père, Jacques Sevin, celui-là même qui fut l'un des juges de Jérôme Vindocin, premier martyr de la ville d'Agen (3).

A ces deux persécuteurs des calvinistes en Agenais, il faut ajouter Pierre Flotte, prévôt des maréchaux et surtout un marchand nommé Martial de Nort, << homme sans foy ni conscience, » (4) père d'un conseiller au parlement de

(!) Voyez au sujet de Pierre Redon et d'Hermann Sevin, le volume intitulé: Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais, par M. Tamizicy de Larroque, correspondant de l'Institut. Qu'il me soit permis d'exprimer ici à M. Tamizey de Larroque, toute ma reconnaissance et toute mon admiration pour l'innombrable quantité de documents relatifs à la Réforme, publiés par lui de tous côtés, mais plus particulièrement dans les vingt et un volumes édités par la Société des Archives historiques de la. Gironde, fondée en 1859 par M. Julès Delpit.

(2) Tamizey de Larroque, Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais.

(3) Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier. (*) Idem, ibidem, p. 151.

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