‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 91 sur 310 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

importance capitale pour les destinées de la Réformation française survenait à Paris.

Les délégués des Églises déjà constituées se réunissaient dans cette ville, au péril de leur vie, pour y tenir le premier synode national!

Ces Églises étaient en petit nombre ; quelques-unes avaient été dressées l'année précédente (1558), comme celles de Saint-Jean-d'Angély, de Marennes, de Saintes et de Nérac; aucune en France ne remontait au delà de 1555.

On appelait alors églises dressées celles qui possédaient un pasteur, des anciens, des diacres et une sorte de discipline. Quand cette organisation, bien imparfaite encore, n'existait pas, bien que la parole de Dieu fût régulièrement prêchée aux fidèles, l'Église était seulement plantée. Bordeaux, Sainte-Foy et beaucoup d'autres appartenaient à cette dernière catégorie.

Depuis 1555, un certain nombre de pasteurs avaient été envoyés de Suisse aux communautés réformées qui en réclamaient. Presque tous avaient fait à Genève, sous la direction de Calvin, leurs études théologiques, et c'est de lui ou de ses collègues qu'ils avaient reçu la consécration.

Jeunes pour la plupart et pleins d'ardeur, ils s'en allaient à la mort, joyeux d'aller conquérir la palme du martyre, car l'Inquisition, rétablie depuis un an sur toute la surface du royaume, avec le cardinal de Lorraine pour chef suprême, ne leur faisait point de grâce.

« Genève, a dit Michelet dans ce merveilleux et éclatant » style qui lui est propre, Genève a tenu haut sa lampe; » elle a été la grande école des nations... Il fallait qu'elle » se fit la fabrique des saints et des martyrs, la sombre forge » où se forgeaient les élus de la mort... Missions terribles! » Ils étaient attendus, épiés. Pour le seul fait d'avoir sur eux » un Évangile français, ils étaient sûrs d'être brûlés. »

Voici les noms de quelques-uns de ceux qui des premiers furent envoyés en Guyenne : à Bordeaux, Gilles, en 1558 ; à Sarlat, l'année suivante, Étienne Gragnon; à Nérac, Jean

Gragnon, sans doute un frère du précédent; à Castres, Geoffroy; à La Rochelle, après Pierre Richer, dont nous avons dit quelques mots, Ambroise Faget; à Saintes, Claude Roissier; à Saint-Jean-d'Angély, Lucas d'Aubé; à Pons, Michel Mulot, venu de Lyon; en Réarn, après François Le Gay, Ravid et Henri de Rarran, le pasteur Martin, etc.

Quarante- cinq Églises environ pour toute la France, d'autres disent cinquante, furent représentées au premier synode. Une seule avait déjà sa confession de foi, c'était celle de Paris. Il était de toute importance pour l'union des nouvelles communautés, et surtout pour résister à l'ennemi commun, que toutes les autres suivissent cet exemple.

Grâce à cet admirable coup d'oeil qui le rendait souvent maître de la situation, Calvin l'avait bien compris. R savait que pour soutenir avec quelques chances de succès la lutte contre l'Église romaine, si admirablement organisée depuis des siècles, il fallait à la Réforme une discipline sévère que pouvait seule lui donner l'unité de foi.

Les réunions du synode, présidées par le pasteur François de Morel, durèrent quatre jours, du 2G au 29, « au milieu des bûchers et des gibets dressés dans tous les quartiers de la ville >■> par ordre du grand inquisiteur.

La discipline ecclésiastique fut votée le 28 mai. Contrairement à ce qu'on voit dans le catholicisme, où l'Église de Rome prime tous les autres, l'égalité la plus absolue était proclamée dans l'article premier : Aucune église, y est-il dit, ne pourra "prétendre primauté ni domination; ni pareillement les ministres d'une église, ni les anciens ou diacres, les uns sur les autres. »

On peut affirmer hautement que les idées de liberté de la pensée, d'égalité, de fraternité ont été proclamées par la Réforme, et c'est pourquoi nous avons dit au commencement de cet ouvrage qu'elle avait préparé la Révolution française, sur la route de laquelle elle n'est qu'une étape.

« Les députés de plusieurs Eglises voisines les unes des autres devaient se réunir en colloques, aussi souvent qu'il

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