CHAPITRE XIV
était nécessaire; ceux des églises d'une même zone en synode provincial, au moins une fois l'an. Les Églises étaient ainsi mises en rapport ; elles apprenaient à s'occuper, dans des circonscriptions plus restreintes, de leurs intérêts communs. On provoquait ainsi chez elles le sentiment de la solidarité. Toutes les Églises unies formaient un même corps.
Le 29 mai, avant de se séparer, les membres du synode signèrent la Confession de foi des Églises réformées, qui comprenait quarante-deux articles.
Rien ne fut probablement plus simple que le travail qui en précéda l'adoption. Le synode était réuni non pour discuter sur la doctrine, mais pour fonder l'union. Il ne s'agissait pour ses membres que de confesser, au nom des églises qui les avaient envoyés et qui étaient d'accord entre elles, ce qu'ils ne cessaient de confesser tous les jours en leur propre nom.
Au reste, ce n'était pas une religion nouvelle que les réformés prétendaient fonder. L'article 5 avouait et reconnaissait les dogmes affirmés par les trois symboles des Apôtres, de Nicée et d'Athanase. C'était un retour au christianisme évangélique.
Nous n'avons point d'ailleurs à nous occuper ici des questions théologiques, mais purement et simplement des faits qui se rattachent à l'histoire.
C'est à ce titre que nous attirons l'attention du lecteur sur les deux derniers articles de la Confession de foi; ils répondent victorieusement aux ennemis de la Réforme, aux écrivains qui de nos jours encore s'efforcent de faire passer les calvinistes pour des ennemis de l'État, et de prouver que l'établissement du protestantisme en France était dangereux pour notre pays, dont il ébranlait les fondements séculaires.
Art. 39. — « Nous croyons que Dieu veult que tout le monde soit gouverné par loix et polices, afin qu'il y ait quelques brides pour réprimer les appétitz désordonnés du monde; et pour ce, il a mis le glaive en la main des magis-
trats pour réprimer les péchés commis non seulement contre la seconde table des commandements de Dieu, mais aussy contre la première. Il faut donc, à cause de luy, qu'on endure que les supérieurs dominent, mais aussy qu'on les honore en toute révérence, et leurs lieutenants ou officiers, lesquels il a commis pour exercer une charge légitime et saincte. »
Art. 40. — « Nous tenons qu'il faut obéir à leurs lois et statutz, payer tributs, impôts et autres debvoirs, et porter le joug de suhjection d'une bonne et franche volonté, encore qu'ils fussent infidelles (!), moyennant que l'empire de Dieu demeure en son entier; et par ainsy nous détestons ceux qui voudroient rejetter les supériorités, mettre communauté et coyifusion de biens et renverser l'ordre de justice. »
Voilà ce que proclamaient ces réformés qu'on nous représente sans cesse comme des perturbateurs du repos public ou comme des révolutionnaires prêts à renverser l'ordre de choses établi. Ce sont là des assertions impudentes auxquelles la sagesse des principes affirmés dans ces deux articles par les calvinistes français vient donner le démenti le plus complet.
Avant de se séparer, les députés des Églises se communiquèrent réciproquement des nouvelles de leur province. Celles de la Saintonge étaient particulièrement affligeantes (1). Le parlement de Bordeaux qui, nous l'avons dit, tenait les Grands Jours à Saintes, déployait contre les nouveaux convertis une rigueur impitoyable.
Conformément aux ordres de Henri II, on voulait frapper un grand coup et ruiner en Saintonge tout ce qu'avait édifié la courageuse initiative de quelques hommes de cœur comme Bernard Palissy.
Le comte de Lude, Jean de Daillon, était mort dans les derniers jours du mois d'août 1557. Henri II avait choisi pour le remplacer, comme gouverneur de Guyenne et lieute-
(*) Les églises de Saintes, de Marennes et de Saitit-Jean-d'Angély étaient représentées au synode.