CHAPITRE XIV
nant du roi de Navarre, Charles de Goucy, seigneur de Burie, chargé pour la deuxième fois de ces importantes et difficiles fonctions (').
Il débuta malheureusement à Bordeaux sous de fâcheux auspices; à tort ou avec justice, on avait mis à sa charge l'avortement de l'expédition tentée sur la Biscaye, au mois d'août 1558, par Antoine de Navarre (2).
Ce dernier, furieux de son insuccès, accusait Burie d'avoir fait échouer l'expédition projetée, par manque de promptitude dans ses mouvements stratégiques.
Le premier président de Bordeaux eut même à souffrir de cette affaire, connue sous le nom de guerre mouillée. Quelques historiens accusent M. de Lagebàton d'avoir fait passer au roi d'Espagne le plan de campagne du roi de Navarre (3). Cette affirmation n'est appuyée sur aucune preuve ; si elle reposait sur quelque fondement, le capitaine Monluc, qui commandait une compagnie de gens de pied sous les ordres du roi de Navarre, n'eût pas manqué plus tard d'en parler dans ses Commentaires.
Toujours est-il que M. de Burie, ayant à se laver des accusations portées contre lui, déploya d'abord une grande activité dans la poursuite des hérétiques.
Il se rendit en Saintonge, et se signala dès son arrivée par de « grandes persécutions »
A Saintes, à Saint-Jean-d'Angély, à Marennes, à La Bochelle les prisons regorgeaient de malheureux accusés d'hérésie et qu'on dirigeait par petits groupes sur Bordeaux.
Les réformés, convaincus qu'on en voulait à leur vie et
(!) Le 28 février 1558 (n. s.), « la Cour, les chambres assemblées, enregistra les , lettres-patentes du Roy par lesquelles M. de Burie fut estably lieutenant gênerai au gouvernement de Guyenne, en absence du roi de Navarre. » (Arch. municipales de Bordeaux, Extrait des registres secrets.)
(2) Commentaires de Monluc, édit. Bnchon, Paris 183G, p. 222.
(3) Histoire de Jeanne d'Albret, par M"« Vauvilliers, Paris 1823, t. Ier, p. 97; Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, par Alphonse de Ruble, t. Ier, p. 291. « Antoine, dit M. de Ruble, accusa Burie de l'échec. Burie avait donné en Italie de gi andes preuves d'énergie, mais, en 1558, il était vieux, il avait perdu ses qualités la promptitude et l'audace. »
(*) Histoire ecclésiastique des Eglises reformées, t. Ier, p. 199,
qu'ils seraient exécutés à tour de rôle, fatigués d'ailleurs de cette vie d'angoisses perpétuelles, s'adressèrent ù leurs pasteurs, qui se rendirent auprès du roi de Navarre.
Le prince leur recommanda de se tenir en repos et de « laisser passer l'orage » .
Ces quatre pasteurs, députés à Paris par leurs Églises, assistèrent au premier synode des Églises réformées, tenu, comme nous l'avons dit, du 25 au 29 mai 1559.
Peu de temps après leur départ de la capitale, commencèrent les préparatifs des fêtes magnifiques qui devaient être données à l'occasion des deux mariages destinés à consacrer la triste paix de Gâteau -Gambrésis et le déshonneur de la France.
Élisabeth de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, épousait le sinistre Philippe II, roi d'Espagne, et Marguerite de France, seconde fille de François 1er, devenait duchesse de Savoie par son union avec Philibert-Emmanuel.
C'est dans le tournoi destiné à rehausser l'éclat de ces fêtes princières, que le roi Henri II fut blessé mortellement d'un coup de lance par Gabriel de Lorge, comte de Mongonmery (*), capitaine de la garde écossaise.
Le 10 juillet, malgré les efforts du célèbre André Vésale, médecin de Philippe II, arrivé de Bruxelles en toute hâte, Henri II, l'impitoyable persécuteur des réformés, le triste monarque qui d'un trait de plume venait de céder à l'Espagne cent neuf villes fortifiées, rendait l'âme au milieu de la consternation générale.
(*) Gabriel de Lorges signait Mongonmery ; c'est l'orthographe que nous adoptons, avec M. de Ruble.