CHAPITRE XV
Avènement de François II (juillet 1559). — Situation des partis qui divisaient la France.
— Rivalité des Guises et des Bourbons. — Lettre do Montmorency au roi de Navarre.
— Hésitations et lenteur de ce dernier. — Les Guises plus actifs et plus ambitieux s'emparent du pouvoir. — François Olivier, cbancelier de France. — Ses conseils à la reine-mère. — Amnistie de joyeux avènement. — Premier édit d'Amboise. — Mise eu liberté de tous les condamnés pour crime de religion. — Le parlement de Bordeaux enregistre ledit (22 mars 1560). — Calomnies répandues contre les réformés. — Lettre des religionnaires à François II. — 8,000 calvinistes s'evnparent de Montségur et y proclament la commune. — Les commissaires du Parlement se renferment dans e^tte ville. — M. do Montpezat reçoit l'ordre de marcher contre les révoltés. — D'Kscars est nommé lieutenant-général en Guyenne. — Lettre de François II aux jurats de Bordeaux. — Le roi de Navarre disperse les bandes de l'Agenais. — Edit de Romorantin (mai 1560). — Origine du mot huguenots.
Le tragique événement qui venait tout à coup, et de la façon la plus inattendue, d'interrompre les réjouissances royales, plaçait la couronne sur la tête d'un roitelet de seize ans, d'une constitution plus que débile ('). Le coup de lance de Mongonmery ouvrait la porte aux ambitieux qui convoitaient le pouvoir.
Au premier rang, parmi ces derniers, figuraient les Guises, gentilshommes lorrains qui sous François Ier étaient venus s'établir en France ; pauvres à leur arrivée, assoifés d'honneurs et de pouvoir, ils pensaient que tous les moyens étaient bons pour parvenir.
(!) De Thou, Histoire universelle, t. II, p. 700. « Le Roi qui étail tourmenté depuis longtemps de la fièvre quarte, en fut alors délivré. Il était devenu assez gr and et il paraissait à sa taille....; mais la mauvaise santé du prince ne laissait pas d'inquiéter les Guises. Son teint, ordinairement pâle et livide, vint à se couvrir
de pustules et de rougeurs on disait qu'il avoit la lèpre et que des hommes
Chargés d'ordres secrets parcouraient les provinces voisines de la Loire et arrachoient les enfants au-dessous de six ans d'entre les bras de leurs mères, pour ensuite les égorger. On ajoutait que le roi avaloit ce sang encore chaud et s'y baignoit pour corriger la nature vicieuse du sien, dont la masse était corrompue. » Les protestants, dans leurs écrits, accusèrent le cardinal de Lorraine d'être l'auteur de cette fable ridicule.
D'Aumale, le troisième d'entre eux, l'avait bien prouvé d'ailleurs, en épousant la fille adultérine de Diane de Poitiers, maîtresse des deux derniers rois, riche des biens confisqués sur les prétendus hérétiques en vertu de l'édit infâme de Chàteaubriant.
Charles, cardinal de Lorraine, le second des six frères, était d'un caractère impétueux et violent. Nous avons dit qu'il avait reçu d'Henri II et du pape Paul IV le titre de « grand inquisiteur de France (l) ».
François, duc de Guise, l'aîné de la famille, était au contraire «d'un esprit doux et modéré», mais l'ambition l'entraînait à suivre docilement les plus mauvais desseins de son frère le cardinal. Il avait déjà fait preuve des plus grandes qualités militaires; la prise de Calais sur les Anglais venait d'immortaliser son nom.
Une seule famille, plus illustre par sa naissance, et plus voisine du trône, faisait ombrage aux Lorrains, celle des Bourbons-Condé.
Elle comptait trois frères : Antoine, roi de Navarre, que nous connaissons déjà, comme protecteur des réformés de la Guyenne et du Béarn, mais surtout pour sa nature molle et versatile; Charles, cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, et Louis, prince de Condé, allié par sa femme, la vaillante Éléonore de Roye (2), à deux maisons toute-puissantes, les Montmorency et les Chàtillon-Coligny (3).
Le cardinal de Bourbon était aussi dévot catholique que
(*) Né en 1525, il était cardinal à trente ans, c'est-à-dire depuis l'année 1555. La Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg possède un grand nombre de lettres inédites de cet astucieux prélat. Quelques-unes sont du plus haut intérêt pour l'histoire de la Réformation. J'en dois la communication à l'obligeant M. Ovyn de Tranchère, ancien député de la Gironde.
(2) Voyez pour ce qui concerne cette courageuse femme et son héroïque mère Madeleine de Mailly, Y Histoire des princes de Condé pendant le XVIe et le XVIIe siècle, par M. le duc d'Aumale; et surtout la belle et savante étude de M. le comte Jules Delaborde, dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français (août 1876). Voyez aussi dans la Gironde littéraire et sci '.ntifique (1882) : Les femmes di la Réformation, par E. Gauli.ieur.
(3) Cette dernière famille se composait de trois frères : Gaspard de Coligny, comte de Châtillon, habile organisateur, capitaine d'un grand mérite et d'une vaillance à toute épreuve; d'Andelot, non moins brave que lui, et le cardinal de Châtillon qui penchait secrètement pour la Réforme.